BUTEUR – Thomas Poussevin : « Je suis un globe-trotter ! »

Thomas Poussevin, deuxième en partant de la gauche, est arrivé cette année à Lannion. / Photo PQR – Ouest-France

Attaquant de pointe et meilleur buteur du FC Lannion cette saison, Thomas Poussevin, 23 ans, est un habitué du championnat amateur. Non retenu par les Girondins de Bordeaux, il s’éclate désormais en Bretagne, même s’il ambitionne d’aller plus haut.

 

Comment jugez-vous votre dernière prestation face à la réserve de Rennes, malgré la défaite ?

J’ai plutôt fait une bonne prestation, j’ai eu trois, quatre occasions, mais le gardien, un jeune de 16-17 ans, a sorti le match de sa vie ! Trois frappes qui partent dans la lucarne (il montre un coin de la table), et il les capte. Il m’a dégoûté du football ! C’est dommage, parce qu’on perd sur trois erreurs, alors qu’on a fait une bonne première mi-temps.

Vous avez été formé à Bordeaux, actuellement septième de Ligue 1. Quelles sont les raisons qui vous ont poussé à partir ?

Je suis arrivé à l’âge de 14 ans au centre de formation, dans lequel je suis resté quatre ans. J’avais un contrat d’un an avec la CFA de Bordeaux, je n’ai pas beaucoup joué. Patrick Battiston (l’entraîneur de la CFA) ne pouvait pas me blairer, et, à la fin, je me suis retrouvé en fin de contrat. Du coup, je suis parti.

Vous regrettez ?

Je regrette, c’est sûr, lorsqu’on voit Willy Sagnol (entraîneur actuel des Girondins) puiser autant dans le centre de formation, je me dis que j’aurais pu avoir ma chance. Je jouais au temps de Laurent Blanc (2007-2011), qui s’intéressait aux jeunes, mais après, quand Tigana (Jean) est venu, c’était tout le contraire…

Vous n’avez connu que le championnat amateur. Est-ce plus difficile que dans le monde professionnel, en ce qui concerne la régularité, l’enchaînement des matchs, les négociations lors de transferts ?

On s’entraîne plus chez les pros (il s’est entraîné avec eux pendant 6 mois à Bordeaux), du lundi au samedi, avec match le dimanche. À Lannion, on s’entraîne un peu moins (de lundi à jeudi, et match le samedi). Pour les transferts, j’ai personnellement un agent qui me représente et qui discute avec d’autres clubs, donc c’est similaire au monde professionnel.

Les joueurs de CFA ont-ils tous un agent ?

Il y en a de plus en plus. Ils proposent leurs joueurs à des clubs, malgré l’échelon (Le CFA 2 est le 5e échelon de France). Mais certains joueurs négocient eux-mêmes leurs nouveaux contrats ou leurs prolongations de contrat. Après, je ne suis pas le meilleur placé pour en parler, mais cela se fait comme ça.

Ce championnat est réputé pour être assez physique et rugueux dans les duels. Vous en sortez-vous, au vu de votre gabarit (1.72 m pour 64kg) ?

Il est encore plus physique en CFA 2, mais je m’en sors assez bien. C’est sûr que je ne peux pas jouer de la tête, mais s’il faut aller au contact, notamment dans les derbys, où c’est chaud, j’y vais mais il est vrai que si je peux passer tout en évitant le contact, je le fais !

Faites- vous autre chose en dehors du football ?

Oui, je suis surveillant dans un lycée (Félix Le Dantec) le mardi et jeudi, de nuit. Mais je ne suis pas le seul de l’équipe, la plupart des joueurs travaillent dans des grandes surfaces, avec des horaires pénibles, jusqu’à 4h du matin pour certains. Ça peut d’ailleurs expliquer notre défaite face à Rennes, où l’on a craqué physiquement.

Est-ce obligatoire de travailler ?

Je pense, oui. Sinon, c’est vraiment difficile de s’en sortir au quotidien, pour pouvoir vivre un minimum. Heureusement que le patron du club, qui est l’ancien directeur d’une chaîne de supermarchés à Lannion a pu nous aider à insérer des coéquipiers pour qu’ils puissent avoir un job pour arrondir les fins de mois.

Vous arrivez à concilier vie sportive et vie professionnelle ?

Ça va, je m’en sors pas mal, même si ça reste compliqué de basculer dans deux milieux totalement différents. Après au lycée, les jeunes ne me parlent que de foot, je reste dans le domaine, mais ça reste des jeunes, donc il faut parfois un peu les recadrer (rires) !

Combien gagnez-vous par mois ?

En cumulant mes deux salaires (de footballeur et du lycée), entre 1700 et 1800 euros. J’arrive à joindre les deux bouts, même si ça paye plus cher en national, entre 2500 et 2700 euros par mois.

Pensez-vous que le monde professionnel est fermé aux amateurs ?

Oui, c’est très restreint, il y a peu d’opportunités, même si de plus en plus de clubs de national ou de Ligue 2 viennent chercher des joueurs de CFA qui sont, pour la majorité, des « recalés » des centres de formation.

Vous avez fait votre meilleure saison à Mérignac (10 buts en 22 matchs). Pourquoi ne pas s’être stabilisé là-bas ?

Ma bonne saison a fait que j’ai reçu des offres, notamment de CFA avec Luçon, puis par la suite Cholet, qui a cassé sa tirelire pour m’avoir, alors que Mérignac est en CFA 2, donc je n’ai pas hésité pour aller voir plus haut.

Mis à part Lannion, vous avez principalement joué dans le sud-ouest. Vous êtes attaché à cette région ?

Oui, évidemment (il est natif de Sainte-Foy- La Grande, près de Bergerac). C’est là où j’ai grandi, j’y ai toute ma famille, j’y redescends souvent, pas plus tard que la semaine dernière par exemple.

Du coup, pourquoi avoir signé à Lannion ?

Après mon départ de Cholet, où l’entraîneur, qui nous avait promis de rester, est parti à Nantes, mon agent m’a parlé de l’offre du FC Lannion. Ils recherchaient un buteur après le départ de Steeven Harrison, l’ancien meilleur du club (15 buts, parti à Guingamp depuis). J’ai tout de suite dit oui, même si cela faisait le quatrième déménagement en un an ! Je suis un globe-trotteur !

À ce stade de la saison, pensez-vous répondre aux objectifs du club ?

On m’a recruté pour marquer des buts et participer au jeu. Je pense que je le fais plutôt bien (il en est à 7 buts et 3 passes décisives en 13 matchs).

Sur combien de temps court votre contrat ?

Je n’ai signé que pour un an à Lannion, donc jusqu’à la fin de saison.

Avez- vous dès lors des projets, ambitions, objectifs particuliers ?

J’ai effectivement des projets, notamment d’accrocher une équipe en National voire Ligue 2. J’ai déjà eu des contacts et reçu des offres, mon agent est en pourparlers avec certains clubs mais rien de concret pour l’instant. Lannion peut, si je continue sur ma lancée, me servir, pourquoi pas, de tremplin à ma carrière. Sinon, j’aimerais bien finir au plus haut dans le classement des buteurs. En revanche, pour la montée, c’est un peu « râpé » (Le FC Lannion pointe à la 9e place du classement de sa poule).

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