EUTHANASIE – « Décider si la vie ne vaut plus la peine d’être vécue »

Comptant 60 000 adhérents en France, et une centaine dans le Trégor, l’association pour le droit de mourir dans la dignité (ADMD) revendique un droit à l’euthanasie. Rencontre avec Giovannina Salton, représentante de l’ADMD à Lannion.

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Gionvannina Salton tenant dans ses mains un dessin de Charb concernant les « kits euthanasie » en Suisse : « Merci à Charb ! La fin de vie ne doit pas être un sujet triste. » affirme t-elle.

 

Comment vous positionnez-vous vis-à-vis de la loi Leonetti proscrivant « l’obstination déraisonnable » du corps médical et la « prolongation artificielle de la vie » du patient ?

« Elle est insuffisante et ambigüe, comme mon association ne cesse de le revendiquer. Et d’un point de vue personnel, je la récuse. Nous souhaitons une précision de cette loi avec une utilisation des termes « euthanasie » – quand une personne n’est pas capable d’ingérer elle-même une substance létale -, « mort douce », « suicide assisté » – quand la personne peut avaler une substance létale. Il faut une aide à mourir, un soin, une substance létale accessible à toute personne souhaitant mettre fin à ses jours quand la vie ne vaut plus la peine d’être vécue.

Même si juridiquement il y a actuellement une interdiction de l’acharnement thérapeutique, laisser mourir peut prendre du temps et le patient agonira et souffrira sûrement plusieurs jours avant d’expirer.

Les députés vont débattre en mars sur un rapport de Jean Leonetti et d’Alain Claeys. Les deux hommes souhaitent notamment la mise en place de directives anticipées contraignantes et un droit à la sédation « profonde et continue » dans certaines situations. Que pensez-vous de ce nouveau rapport ?

Je ne suis pas en accord total avec ce rapport. J’approuve la mise en place de directives anticipées contraignantes. Prenons pour exemple l’affaire Vincent Lambert. Les directives qu’il avait donné – par oral mais pas par écrit – n’ont pas été contraignantes. On lui administre encore des soins alors que cette affaire est amenée face à la CEDH par les parents du patient. Il faut absolument écrire ses directives pour qu’elles deviennent réellement contraignantes ainsi que désigner une personne de confiance.

En revanche, je suis en désaccord avec un droit à la sédation « profonde et continue » impliquant le fait de laisser mourir le patient dans la souffrance et ne pas mettre fin directement à ses jours.

Gionvannina tenant dans ses mains un dessin de Charb concernant les « kits euthanasie » en Suisse : « Merci à Charb ! La fin de vie ne doit pas être un sujet triste. » affirme t-elle.

« François Hollande nous a trompé »

 

Ce rapport a obtenu le soutien du président de la République et de son gouvernement… Que pensez-vous de cette prise de position ?

François Hollande nous a trompé. Lors de sa candidature aux élections présidentielles, il avait affirmé dans son engagement 21 la légalisation de l’aide active à mourir. À mon avis, le président ne veut plus se confronter aux intégristes de la manif pour tous. Pourtant, cette décision sur l’euthanasie était plus importante, à mon avis, que celle du mariage homosexuel. En effet, ce sujet concerne tout le monde… Ça peut arriver à n’importe qui.

Les députés ont rejeté, le 29 janvier, la proposition de loi de la députée Europe Ecologie-Les Verts (EELV) Véronique Massonneau visant à légaliser l’euthanasie et l’aide au suicide assisté. Vous attendiez-vous à ce refus ?

Oui je m’y attendais, il faudra du temps pour faire passer une telle loi. Véronique Massonneau – soutenue par ADMD pour cette proposition de loi – est originaire de Belgique et son père a pu être euthanasié là-bas. Ce fut une libération et une prise de conscience pour elle. On se dit pays des droits de l’Homme mais si nous étions vraiment un pays libre et laïque, les gens devraient pouvoir décider si la vie ne vaut plus la peine d’être vécue. L’aide à la fin de vie a été acceptée récemment au Canada mais aussi dans certains États des États-Unis !

Il y a un important lobby religieux en France – comme ailleurs – qui refuse et condamne l’euthanasie. Toutes les religions refusent l’aide active à mourir. Mais sans ce droit, notre corps ne nous appartient plus vraiment. Nous sommes plus libres si nous savons la façon dont nous allons mourir. Un jour, une femme m’a confié qu’elle était protestante mais qu’elle ne souhaitait pas que sa communauté choisisse l’issue de sa vie à sa place. C’est insensé.

Pourtant l’euthanasie – et pas seulement chez les croyants – est très controversée. Comment expliquez-vous cela ?

Les opposants à l’euthanasie vont toujours faire remonter les affaires les plus scandaleuses afin de convaincre l’opinion publique que c’est quelque chose de mal. Il y a eu par exemple l’affaire du docteur Bonnemaison qui a donné des médicaments à ses patients pour abréger leurs souffrances. Mais celui-ci n’a pas eu l’accord de toutes les personnes qu’il a euthanasié, ce qui est gravissime. L’association ne l’a évidemment pas soutenu.

L’avis du patient est donc capital…

Oui, et il faut prendre des dispositions personnelles. Vincent Humbert, ce jeune homme qui avait eu un accident la route, était devenu tétraplégique, aveugle et sourd. Il souhaitait mourir mais sa volonté de mettre fin à ses jours ne fut réalisée qu’illégalement par sa mère à l’aide d’un médecin. Le problème de l’euthanasie est différent chez les personnes âgées par rapport aux jeunes. Il est plus difficile de donner la mort à un individu qui n’est pas normalement « en fin de vie ». Mais on le voit ici dans le cas de Vincent Hubert : ce ne sont plus des mois de vie, c’est de la survie… La vie n’a plus de sens. Cela me fait penser à une citation de Sénèque, au théâtre qui disait : « Qu’y a-t-il de pire que la mort ? Réponse : La vie, quand on aspire à la perdre ». »

Pour davantage d’informations et pour connaître les futures actions de l’ADMD, consultez : http://www.admd.net/

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