L’ENQUÊTE – Comprendre l’incompréhensible

Le film, sorti le 11 février, n’a pas obtenu le succès escompté avec seulement 145 000 entrées la première semaine.

 

En Janvier 2000, Denis Robert, ancien journaliste à Libération, se lance dans une enquête qui bousculera le monde politico-financier de ce nouveau millénaire. Il sort deux livres, qui démontrent que la banque Clearstream, l’une des plus influentes au monde, dissimule des comptes, devenant ainsi la plus grosse plateforme d’évasion fiscale. Domaine compliqué, éléments restés secrets, « l’affaire des Affaires » n’aura jamais de conclusion, rendant sa compréhension difficile. Pourtant, Vincent Garencq s’est lancé le pari fou d’adapter cette histoire au cinéma. Et ça marche.

 

Dans la première scène du film, Gilles Lellouche, qui interprète Denis Robert, donne le ton de l’enquête à venir. Il explique, à l’aide d’une voix off, qu’il ne s’attendait pas à déchaîner banques, avocats, politiques, marchands d’armes. Le plan est bien tourné, l’atmosphère est lourde, voire étouffante. Gilles Lellouche donne ici un visage à ce nom que beaucoup connaissent. Proche de son rôle dans Mea Culpa, loin du visage des Petits Mouchoirs ou des Infidèles, l’acteur joue ici un homme qui se perd en s’insérant dans un engrenage visiblement trop complexe pour lui. La réussite du film tient dans l’angle qui a été choisi. Vincent Garencq a pris l’option d’humaniser une histoire financière, et ça fonctionne. On suit ici l’histoire d’un homme, avec tous les problèmes que son implication dans l’enquête va engendrer. On aurait aimé voir un peu plus sa femme et ses filles, impliquées malgré elles dans cette tourmente. Les rôles sont bien interprétées, mais les actrices trop rares à l’écran.

Le rythme donné à l’intrigue est digne d’un vrai thriller à l’américaine. Un scandale politico-financier, habituellement ennuyeux à expliquer, devient passionnant. Le réalisateur, qui s’était déjà illustré avec Présumé Coupable en 2011, sait comment traiter les affaires judiciaires. Vincent Garencq arrive ici à installer une ambiance où une apparition de Liam Neeson ne nous étonnerait même plus. Il n’oublie pas de fournir des dizaines de rebondissements à son intrigue, pour que le spectateur ne se lasse jamais. Revers de la médaille, le rythme s’accélère très vite et les informations fusent, quitte à étouffer au lieu d’éclaircir. Mais dans l’ensemble, l’enquête est bien construite, ce qui permet non pas une explication totale mais, au moins, une compréhension du scandale qui a ouvert la porte aux grandes évasions fiscales. Les seconds rôles sont bien distribués, avec Charles Berling qui joue avec talent le juge Van Ruymbeke, seul allié de Denis Robert dans l’affaire. Beaucoup de personnages secondaires font leur apparition, sans pour autant prendre le devant sur l’interprétation de Gilles Lellouche, qui arrive à rester au centre de l’intrigue.

On pourrait reprocher à ce film d’être un peu bâclé à la fin. L’affaire n’ayant pas de conclusion, on a forcément l’impression de s’arrêter en plein milieu. Quelques phrases dans les dernières scènes, pour nous indiquer le sort qui sera réservé aux différents personnages du film. Beaucoup d’acteurs, autour d’un seul homme, et la dernière scène suffit à comprendre la morale de toute cette histoire. Un homme, qui va s’attaquer à un monde beaucoup trop grand, et qui va s’y perdre, entraînant avec lui tout ce qu’il a.

Julie Chapeau

Etudiante en journalisme à l'IUT de Lannion, passionnée de voyages et de cinéma.

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