PODEMOS – Dernière étape du tour de Bretagne à Tonquédec

Le Temps des cerises était bondé jeudi 12 février. Le restaurant accueillait Miguel Segui, co-fondateur de Podemos Paris, et Vanessa Amessa, militante de Podemos Madrid. Après Pont l’Abbé, Paimpol, Rennes, Saint-Brieuc et Lorient, ils étaient à Tonquédec pour animer un café citoyen. Devant un public enthousiaste, les militants ont répondu aux questions et parlé de ce nouveau parti depuis ses origines.

 

Des membres de Podemos ont échangé à propos de ce nouveau parti, au Temps des cerises, le 12 février dernier.

« Si Podemos se présentait en France, le parti serait élu dès le premier tour ! », s’exclame Jean-Luc, l’organisateur de la soirée, ravi en voyant arriver toujours plus de curieux dans le restaurant. Dès 20 h 30, la salle du Temps des cerises était pleine à craquer. Pour Miguel, « c’est bien la preuve qu’il se passe quelque chose. Nous ne sommes pas là pour donner des leçons mais pour échanger. Nous avons les mêmes valeurs. »

Le mouvement des indignés : l’essence du parti

En 2011, l’Espagne subit de plein fouet la crise économique. Les hommes politiques mettent en place des plans d’austérité. « Un jour, les gens en ont vraiment eu marre », explique Miguel. Parmi eux, une quinzaine de jeunes. Le 14 mai 2011 au soir, ils manifestent contre la privatisation des facultés et l’augmentation du coût d’inscription. S’ensuit une violente répression policière suivie d’arrestations. Le lendemain, l’Espagne entière est appelée à protester. Très vite, le mouvement prend de l’ampleur : ils sont au moins 40 000 dans la rue le 15 mai.

Pendant un mois, les manifestations continuent avec la même vigueur. Des assemblées générales sont organisées quotidiennement dans tout le pays. « Quand les manifestations se sont arrêtées, les politiques et certains médias ont cru que c’était terminé alors que ce cri du cœur avait touché toute la population », explique Miguel Segui. Les manifestations et assemblées générales continuent ponctuellement et permettent aux Indignés de faire entendre leurs voix.

La naissance de Podemos

« Les mouvements sociaux sont le résultat d’une volonté de participer au pouvoir politique. » Pour Miguel, la création de Podemos était évidente. « Il y avait un mécontentement croissant des partis au pouvoir, les jeunes ne voulaient plus du bipartisme. » Le parti naît en janvier 2014 et remporte 8% des voies aux élections européennes, cinq mois plus tard. Le parti répond dans son programme aux principales revendications des Indignés comme la mise en place d’un ministère anti-corruption, la lutte contre les expulsions ou encore la nationalisation des domaines de la santé et de l’éducation. « Nous n’avons pas la prétention d’être les correspondants directs des jeunes du mouvement du 15 mai mais sans eux, nous n’existerions pas. »

Le parti reste encore incertain sur quelques interrogations comme la sortie de l’Union Européenne. « Il y a des questions auxquelles les partis en place depuis des dizaines d’années n’ont pas encore de réponses. Nous sommes un parti jeune donc il est normal que nous gardions quelques hésitations », justifient les militants.

Le pouvoir au peuple

Podemos prône avant tout la démocratie directe car « la crainte principale était de reproduire la centralité des partis politiques en place. » Le fonctionnement du parti reprend celui des Indignés. « Les citoyens sont consultés en permanence », confirme Vanessa. Pour être membre du parti, aucun droit d’adhésion : il suffit de s’enregistrer sur le site web en renseignant nom, prénom et numéro de carte d’identité ou de carte de séjour.

Internet favorise aussi la participation : les cercles éloignés géographiquement peuvent ainsi communiquer entre eux et les citoyens ont la possibilité de voter par ce biais. Ils élisent les dirigeants du parti et participent aux assemblées générales qui ont lieu régulièrement. En Espagne, il y a plus de 1000 cercles Podemos. « Dans les cercles, le citoyen participe pour tout. Il peut proposer des sujets de discussions, voter des décisions. Toutes les remarques approuvées par la majorité sont remontées au niveau national », précise Miguel. De plus en plus de cercles Podemos s’ouvrent en France. « Pas encore en Bretagne mais vous allez peut-être y faire quelque chose… »

Une progression mise en danger ?

Podemos monte dans l’opinion publique. Le parti se place en tête des derniers sondages et est en passe de remporter les prochaines élections. Cette ascension pourrait être freinée par l’accusation qui pèse sur le numéro 3 du parti. Alors que Podemos fait de la lutte contre la corruption, un des points phares de son programme, Juan Carlos Monedero est accusé d’évasion fiscale. Le 20 février, il a reconnu avoir obtenu 425 000 € de la banque de l’Alliance bolivarienne pour les Amériques.

Pendant la conférence, les militants affirmaient : « Ceux qui ne respectent pas l’éthique de Podemos ne pourront plus participer à la vie du parti. » Pour l’instant, Pablo Iglesias n’a fait aucune déclaration. Déjà d’actualité pendant la conférence, cette accusation n’avait pas échaudé le public reparti conquis de cette rencontre.

Mathilde Sire

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