PETITS TROUS – Les foreuses foireuses de Variscan Mines

douardidoull_guingamp_1

Une manifestante répondant à l’appel du collectif Douar Di Doull, à Guingamp, le samedi 28 février 2015. / Photo H.P.

L’entreprise Variscan Mines, avec le soutien de l’État, veut relancer l’activité minière en France. Une vaste série de prospections minières a été lancée, dont une au sud-ouest de Guingamp, en plein pays de l’Argoat. Mais les trous ne font pas que des heureux : le collectif Douar Di Doull, tout jeune, s’inquiète de la transformation du Centre-Bretagne… en passoire.

 

Ils sont à peine plus de 150 sur le Champ-Du-Roy, en plein centre-ville de Guingamp, à répondre à l’appel du collectif Douar Di Doull, « terre sans trous » en langue bretonne. Au menu de ce samedi matin, informer sur les ambitions du groupe Variscan Mines, compagnie minière basée à Orléans, filiale d’un groupe australien disposant de capitaux singapourien, et lorgnant sur les sous-sols de la Centre-Bretagne.

Pour l’instant, aucune exploitation n’est envisagée : Variscan fait uniquement de la prospection en divers endroits de la France, en se faisant délivrer des PERM (Permis Exclusif de Recherche Minière). Les minéraux potentiellement extractibles sont nombreux, parmi lesquels de l’or, de l’argent, du fer, du tungstène, de l’étain, du zinc ou encore du molybdène.

Les communes concernées par le « permis de Loc-Envel »

Abandonnés depuis trente ans, les projets de prospection minière reprennent donc de plus belle en Bretagne. Deux PERM ont déjà été délivrés, sur les secteurs de Merléac et Silfiac. Celui de Loc-Envel, grand de 25 communes et 336km², est encore en suspens, mais « pourrait se concrétiser très prochainement », selon un communiqué du collectif.

Du gaz dans l’eau ?

 

Le principe est simple : des séries de forages sont exécutés à intervalles réguliers, d’une profondeur de 1 mètre 20. Si l’analyse des sols est intéressante, le lieu est voué à devenir une mine, ayant des conséquences autrement plus importantes.

Pour l’instant, les zones précises ne sont pas connues, mais la remarquable forêt de Coat An Noz, sur la commune de Belle-Isle-en-Terre pourrait en pâtir, souligne Gwenhael Besnard, un des porte-parole -pour l’instant- du collectif.  « Les forages d’exploitation sont prévus à 1500 mètres de profondeur. Or, quand il y a de l’or, il y a forcément du cyanure avec. Et l’endroit est plein de cours d’eau. Il existe aussi un risque de percer des poches de gaz (radon ou gaz de schiste, ndlr), et de polluer l’eau des nappes phréatiques. » La dispersion pourrait donc être très large, bien plus que le périmètre de la mine.

L’aspect paysager risque aussi de souffrir de ce grattage exploratoire. « Ils avancent le concept d’une mine propre. Mais il faudra expliquer comment on fait une mine propre en faisant rentrer des grands engins dans une forêt ! » A Coat An Noz, ce sont trois forages qui sont programmés. Mais même les zones Natura 2000, au nombre de 6 dans ce grand polygone dessiné sur une carte IGN, sont en sursis.

Dans le collimateur, la nouvelle loi Macron, qui comporte parmi les mesures de « simplification » la possibilité de contourner le code de l’environnement lorsque cela porterait atteinte à « la croissance ». Les travaux pourraient ainsi outrepasser ces sanctuaires naturels, alors que l’État lui-même finance la protection de ces sites.

Le traité transatlantique, actuellement en négociation, pourrait également s’avérer menaçant. Ce traité prévoit en effet l’intégration d’un tribunal privé, où les entreprises concernées par le traité pourraient trainer les États en justice pour des règles « empêchant la concurrence pure et parfaite ». Et ce tribunal, déjà instauré aux États-Unis et au Canada, a conduit à quelques amendes record, comme dans l’affaire « Lone Pine Resources ».

Un projet bancal

 

En attendant d’en arriver à de tels extrêmes, les anti-mines doivent déjà faire face à un dossier d’enquête publique peu accessible. Si ce document a été transmis aux mairies, jamais la population n’y a eu accès directement. « Le seul moyen de savoir qu’ils ont le permis, c’est de téléphoner régulièrement (à la préfecture, ndlr). Mais ils ne nous répondent pas toujours, c’est compliqué », dénonce Ewen. Il n’y a en effet, sur ce type de permis, aucune obligation d’affichage sur les tableaux communaux.

Ainsi, les procédures de consultation publique tournent souvent à une vaste farce. En Loire-Atlantique, sur deux sites similaires (Beaulieu et Saint-Pierre), ce sont seulement 4 avis, tous favorables, qui ont été reçus. L’un provenait d’un professeur en géologie, et les trois autres… de ses étudiants ! A Merléac, c’est guère mieux :  6 courriels ont été reçus, les 128 autres avis provenant d’un autre site de pétitions, Avaaz.  L’ensemble des avis pointent une sous-information des citoyens. La synthèse se fend alors d’une déclaration aussi rassurante que confuse à ce propos.

 

« […]il est proposé de joindre à l’arrêté proposant d’attribuer le permis exclusif de recherches une annexe instituant une commission d’information et de suivi au sein de laquelle les différentes phases de travaux et leurs impacts potentiels pourront être présentés en amont des procédures administratives relatives aux travaux envisagés. Cette instance permettra […] de démythifier son objet et ses possibles conséquences au travers d’échanges directs avec la population locale. »

 

Si l’accès aux études d’impact est problématique, ces travaux le sont aussi dans leur conception. Le document n’inclut aucunement les dangers des forages, comme la diffusion de produits toxiques ou la destruction paysagère. Pis, les ingénieurs du bureau d’études, Minelis, ont souvent des parcours très liés au secteur minier, ce qui laisse planer des soupçons de collusion entre promoteurs et experts. Ainsi, une rapide lecture de leurs CV (disponibles sur Internet) fait état de collaborations passées avec le BRGM, Areva, ou encore Econermix SA Équateur, une entreprise de traitement/négoce de minerai à Quito…

Commission action

 

Face à ce petit milieu très bien organisé, Douar Di Doull essaie tant que possible de renverser le rapport de force. En informant sur le problème, tout d’abord, étant donné que la procédure d’enquête publique n’inclut pas des réunions ouvertes dans chaque mairie concernée.

Plus largement, Douar Di Doull s’organise autour de 5 commissions, dont chacune commence à se mettre en place. « On est encore embryonnaires. On a tout de même une vie de famille ! Nous avons déjà fait 5 actions depuis le mois de décembre, on fera le bilan », assure Déniel Jacopin, membre du collectif.

Douar Di Doull a donc décidé d’ajouter une dimension politique à son mouvement, en demandant aux premiers officiers de police de ces communes rurales de se prononcer. En ligne de front, Virginie Doyen, élue de Loc-Envel et de ses 67 administrés, s’est très vite prononcée contre le dossier. Plounévez-Moëdec, Grâces, et bientôt Callac (initialement favorable),se raccrochent au train. « Ils se sentent obligés de se positionner. Mais leur avis reste consultatif. Si le projet est déclaré d’intérêt public, il sera fait, malgré les résistances », concède Ewen, un brin impuissant.

Si l’action juridique est forcément en cours de réflexion, le pays de l’Argoat pourrait toutefois voir le dossier se dégonfler tout seul, comme sur la zone dite du « Permis de Tennie », en Maine-et-Loire. Variscan, très contesté pour ses méthodes de travail quelque peu autoritaires, pourrait temporairement lâcher le morceau pour faire baisser les polémiques, mauvaises pour les affaires . « Il faut ça reste propre à l’extérieur. Ils doivent faire monter leur action en bourse », assure Déniel. Les manifestants sont sûrs de leur force, qui paraît pourtant bien petite face aux bulldozers Variscan et BRGM. Pour se donner un peu d’espoir, peut-être, et ne pas se retrouver au fond du trou.

Hugo Puffeney

Hugo Puffeney

Journaliste en formation à l'IUT de Lannion, j'ai été président pendant une belle année de Report Ouest (2014-2015). Je passe la main, mais j'ai encore le nec plus ultra du web : un compte Twitter.

One thought on “PETITS TROUS – Les foreuses foireuses de Variscan Mines

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée.