ENKET2TEK – « Le sound-system, une petite famille »

Ils viennent du BTP, ils sont dans la menuiserie ou le commerce, salariés à part entière, la trentaine et ont une particularité, ils sont amateurs de Free party et de musique techno. Below, Mimil, Vaness et Dédé, de leurs surnoms, font partie du sound-system Enket2tek.

Comment est venue cette passion ?

En tout on est 11 Dj à faire partie de cette « grande famille ». Au départ, on a découvert les teufs comme beaucoup d’autres avant nous, certains étaient motivés pour composer de la musique et le groupe s’est formé. On est tous des adeptes des frees, on a nos camtars (camions), camping-car aménagés, c’est une partie de notre vie.

Quand on est en teuf , on est  » chaud patate », on est dans notre élément. On se fait un cercle d’amis, des rencontres mais c’est aussi une grande famille. Niveau musique, on partage, mais comme un chanteur dans un concert, c’est le même type d’ échanges entre les personnes qui dansent devant nous et ceux devant notre son. Dérrière les sons de caisses, ce sont des personnes qui veulent s’exprimer en dansant, bougeant et vibrant !  RAVE ON !

L’une des premières critiques sur les teufs sont le bruit qu’elles génèrent, vous qui êtes à l’origine du son ? Qu’en pensez-vous ?

Oui, évidemment on ne va pas nier que l’on fait du bruit. Mais en général on essaie de trouver des lieux assez reculés des habitations pour gêner le moins possible. Quelquefois les organisateurs vont prevenir les voisins et les invitent même à se déplacer sur la teuf afin de venir voir ce qu’il en est, certains viennent voir comment ça se passe et trouvent ça très bien comme ambiance.  Mais bien sur on fera toujours chier quelqu’un, c’est imparable. Lorsque tu places des enceintes à 200 KW, forcement qu’a deux km autour on t’entend ! C’est aussi ça l’esprit de la teuf, le son est fort, les vibrations se font sentir, …ressentir dans tous le corps.

Il y a 5 ans, vous êtes passés sous le statut d’association. Quel but, et quel constat ?

Le but de passer sous ce statut était d’avoir moins de problèmes avec les autorités mais aussi au niveau judiciaire, au final, ça ne change rien ! On a eu les mêmes problèmes que lorsque l’on n’était pas formé en association. On pensait faire plus de teuf légales mais au final obtenir un lieu vire à la mission impossible.

Le problème c’est que lorsque l’on veut déclarer une teuf, il y a tout un tas de paperasses à remplir, pour des autorisations, des dossiers. Alors on comprend, et on l’a fait au maximum au début, mais on a vite compris que ça ne servait à rien. La plupart du temps, nous avons soit abandonné parce qu’il « manquait toujours un papier » soit ils refusaient catégoriquement nos demandes.

Du coup, on est amené à faire les teufs dans l’illégalité, c’est la seule option qu’il nous reste pour faire vivre notre passion?

Vous avez été victime d’une saisie le 16 novembre 2013,  avez-vous récupéré votre matériel ? 

Pour l’instant toujours pas, le jugement passe en appel le 9 mars (Interview réalisé en février 2014). C’est triste d’en être arrivé là, mais c’est ce qui arrive de plus en plus.  En général, le dialogue avec les autorités est ouvert, mais ils nous demandent de plus en plus de contraintes au niveau législatif. Il faut comprendre que nous sommes des amateurs, on ne fait pas ça professionnellement comme pour un festival. Ça nous coûte plus cher que ça nous rapporte. On marche sur donation: les participants arrivent sur la teuf et en général nous donne quelque chose mais c’est plus symbolique. On fais ça pour le plaisir et la musique, on y met beaucoup de temps et d’argent, voir une partie du matériel partir, ça nous fais mal au coeur.

Les saisies sont abusives. Honteux ! Pendant notre saisie les flics avaient des matraques, il y avait même un hélicoptère et ils nous ont bombardé de gaz lacrymogène. On fait de la musique, on est pas dangereux, ni violents.

(Décision de la cour d’appel le 18 mai 2015: 1500 euros d’amende et restitution totale du matériel)

Et que revendiquez vous à l’instar de ces saisies  ? 

La fin des saisies abusives, mais ça passe en premier par la révision des lois en lien avec le culture techno. Faut savoir que pour les rassemblements festifs, la limite avant d’avoir besoin d’une autorisation est de 500 personnes. On ne peut pas vraiment savoir combien de personnes viennent à notre événement. Ce qu’on demande ce n’est pas d’être légal mais que soit repoussé le seuil de l’illégalité, que ce soit cohérent avec ce que l’on fait. Plus de personnes autorisées, simplifier également les demandes d’accès à des terrains pour nos soirées.

On ne fait rien de mal, il faudrait une meilleure image de nous mais ça on ne le contrôle pas. Les médias ne parlent de nous que lorsque ça se passe mal. Trans off, papiers sur les manifestations (montrent que nous sommes unis, et beaucoup) mais le tecknival qui a suivi, les journalistes attendaient qu’il y ait un problème, et quand il n’y a pas de problèmes il ne parlent pas de nous.

Charlotte Billault

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