TECHNO+ – « Vers une autonomie de la culture techno »

L’association Techno+, créée pour et par des teufeurs, fait de la réduction des risques en milieu festif techno, mais aussi entend favoriser l’essor de la culture techno. Avec deux antennes en France, Pays de la Loire et Ile-de-France, l’organisation est présente sur une grande partie du territoire.

Carole, administratrice locale de Techno+, nous répond plus précisement sur leur façon de travailler.

De qui est constituée l’association, et avez-vous des formations en terme de santé ?

Nous avons 4 types de membres. L’association est composée de plus de ¾ de volontaires, il y en avait 82 à l’assemblée générale annuelle 2014. Parmi les volontaires, il y a des actifs et des moins actifs. Certains ont aussi été élus administrateurs locaux et nationaux. Nous sommes à 96-98 % des teufeurs, on a tous une raison de s’investir dans l’association, ça peut être l’éthique, l’écoute active, envie de créer une dynamique au mouvement… Au début du volontariat, nous avons une formation initiale puis une formation continue interne et externe en matière de secourisme (Prévention et secours civique de niveau 1). En terme de santé physique, ça se limite à des formations assez basiques. Notre but est de savoir gérer en cas d’urgence, savoir faire les premiers soins et si l’état de la personne s’aggrave, on les envoie au stand croix rouge ou à l’hôpital. On veut surtout pouvoir se montrer rassurant. Nous suivons aussi des formations sur les produits, sur les nouvelles molécules, sur la réassurance/débadtripage, la négociation avec les autorités…

Comment vous y prenez-vous pour faire passer votre message ?

Premièrement, on a une démarche active. On se déplace sur les évenements, que ce soit en France ou à l’étranger, malheureusement cela devient plus rare car nous n’avons plus de financements pour ça. Ce sont les organisateurs qui nous appellent ou nous prenons l’initiative (teknivals, manifestives). On installe des stands prévention, des Chill-out (endroits où les teufeurs peuvent se reposer), mais aussi une tente pour les premiers soins (infirmerie).

On distribue beaucoup de flyers, des éthylotests, des bouchons d’oreille, capotes… En étant sur place, on accompagne les teufeurs et on surveille également les tendances liées aux drogues, afin de pouvoir au mieux travailler notre message de prévention.

On a aussi beaucoup d’actions qui sont mise en place hors milieu festif: conception de flyers et d’outils, c’est la base de notre asso, soutien au son sur la législation, animation d’un site Internet et de profils sur les réseaux sociaux, de la veille sanitaire par exemple on porte un regard sur l’évolution des produits, les tendances du marché, les pratiques…

Qu’apportez-vous de plus qu’un stand de la croix rouge ou d’autres organismes qui peuvent se présenter aux entrées des Free-party ?

Quand ils arrivent et que nous sommes déjà sur place, nous les tenons au courant du déroulement de la soirée, nous leur montrons qu’on est présent, on travaille en lien avec eux.

Nous faisons de la santé communautaire car nous faisons partie de la communauté techno, nous ne sommes pas des professionnels mais le courant passe vraiment bien que ce soit avec eux mais aussi bien avec les teufeurs. Ils savent que nous ne sommes pas là pour les dissuader de consommer de la drogue ou les engueuler mais pour les accompagner.

On sait plus s’y prendre que des pros sur certains trucs par exemple, on fait du « débadtripage »   : pour un teufeur en Bad-trip, nous savons de quoi il a besoin. Nous le rassurons, nous essayons de le garder avec nous tant que sa santé ne l’olige pas a être emmené vers un hopital, avec nous il pourra se reposer et reprendre des forces tranquillement, dans un endroit ou les gens ne sont pas habillés de blouse blanche en tentant expressement de le faire parler avec une lumière blanche d’hopital et ça c’est important. Les teufeurs se reconnaissent en nous, on est des pairs et ils nous font confiance.

Etes-vous reconnus par les politiques ? 

On sait qu’ils nous prennent au sérieux, car nous sommes une interface entre les teufeurs et l’Etat, qui a du mal à trouver des interlocuteurs dans ce milieu. Nous savons qu’ils nous font un minimum confiance car nous obtenons des subventions du ministère de la santé, des subventions nationale et locale et des municipalités (Paris et Nantes). Donc d’une certaines manière notre travail pour la santé publique est reconnue.

On tient à être présent lors de reunions entre la justice, ministère et teufeurs pour ne pas qu’ils oublient que la santé communautaire existe et pour servir de mémoire collective au sound-system. Pour ne pas qu’ils oublient l’historique des négociations avec l’Etat depuis 20 ans, les promesses qui ont été faites, les engagements tenus ou non, etc.

On ne prétend pas représenter la teuf en France, mais on essaie que les teufs soient plus belles, plus sûres et plus diversifiées. Nous savons qu’il y a une circulation de drogues et nous ne le nions pas mais nous donnons toujours les exemples de boîte de nuit et festivals où il y en a tout autant. Nous voulons montrer que oui, cela existe mais que nous le gérons. Nous essayons de montrer que le mouvement techno n’est pas qu’un effet de mode mais une vraie culture qui défend des valeurs et qui fait des efforts pour être reconnue comme telle, auprès des politiques mais aussi du grand public.

Charlotte Billault

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