MA PREMIÈRE RAVE – Rendez-vous en terre inconnue

Avant de me rendre à une rave pour la première fois, l’idée que j’en avais n’était pas très reluisante. Elle ne correspondait pas non plus à la réalité.

À Barcelone, le stéréotype des jeunes qui partent en teuf ou en rave sont les tirados, les yonkis, les cocas. Autrement dit, ce sont des « crados », drogués, cocaïnomanes. Ils ont souvent un look un peu alternatif et portent souvent des rastas, des piercing, des sarouels, etc. On les regarde souvent en disant « c’est dommage, ils auraient pu faire quelque chose de leur vie ».

Une fois arrivée en Bretagne, la vision que les jeunes avaient des teufs était bien différente. « Il y en a presque tous les week-end ! C’est vraiment génial, il faut que t’essayes. » Et après tout pourquoi pas ? Si c’est si génial que ça, autant essayer au moins une fois, allez c’est parti !

Après quelques heures de route, suivant les instructions envoyées par les organisateurs de la teuf, nous voilà enfin arrivés. La première chose à laquelle j’ai pensé en sortant de la voiture ? « Putain ça caille ! »

Une fois le froid assumé, une marche à travers champs commence.Une masse de jeunes se dirige dans la même direction, il ne reste plus qu’à suivre.« Mais où est-on au juste ? »

Un peu plus loin, la musique commence à se faire entendre et des lumières colorées nous guident vers les scènes . C’est à ce moment là que nous faisons la première rencontre de la soirée : « Vous voulez de la MDMA, Speed, Coke ? ». Les préjugés seraient donc vrais ? La drogue, est-ce la seule façon de s’intégrer à une teuf ? « Je ne suis peut-être pas à ma place après tout. Non, merci.» On continue d’avancer et enfin on arrive près de la musique, tous les doutes se dissipent. « Je me sens bien. »

Cinq stands se répartissent sur l’herbe, le champ est occupé illégalement. On trouve parmi ces stands un cinéma improvisé, un petit bar qui vend du thé, deux scènes avec des musiques différentes, et bien sûr un stand de prévention. Hardtech, Techno, Psytrance te poussent à accorder tes mouvements au rythme des basses. Boum, Boum, Boum, il n’y a plus que ça.

Une fois immergée dans l’ambiance j’ai tout de suite compris pourquoi les gens appréciaient ce type de soirées. Au beau milieu du son, les basses font vibrer tout ton corps. Toutes sortes de personnes t’entourent et pourtant personne ne te regarde… Les préjugés, les conventions sociales, les apparences, le jugement des autres disparaissent d’un seul coup. Tu pourrais même marcher sur les mains, rien ne dérange personne, tout est normal.

Un espace de liberté où je pouvais danser autant que je voulais, comme je voulais, submergée par la musique.

Deux heures, trois heures, quatre heures… Mine de rien, la montre sonne sept heures du matin. Le soleil commence tout doucement à se lever, et pourtant le volume de la musique ne baisse pas. Mes jambes ne tiennent plus, les basses résonnent encore dans mes oreilles, même si on s’éloigne des enceintes. Il est temps d’aller se coucher.

Direction la voiture, on se tasse à trois dans le coffre pour essayer de dormir quelques heures. Le froid gèle nos pieds et la musique nous attire encore. Huit heures du matin : nous revoilà debout. « Après la fête, c’est la défai… Ah non, c’est toujours la fête. » Les teufeurs ne sont pas prêts de s’arrêter. Il reste au moins 12 heures avant la fin du son.

La terre tremble pendant 48h non-stop. Les raveurs se donnent rendez-vous dans cet espace pour pouvoir être eux-mêmes. Ils ne sont pas forcément conformes à la société dans laquelle ils vivent et ne le cachent pas. C’est pourquoi le côté « illégal » des raves est si important. La jeunesse a eu besoin de se créer un espace propre, s’adaptant à sa propre vision du monde pour pouvoir s’exprimer, se sentir à l’aise et être eux-mêmes en dehors de toute convention sociale.

La rave est, d’après moi, la nécessité d’aller chercher la liberté en dehors de toutes règles.

Juliette Roger

De nationalité franco-portugaise, j'ai vécu 10 ans à Barcelone, donc je parle cinq langues: portugais, français, anglais, espagnol et catalan (et j'ai commencé l'allemand cette année). Maintenant en formation à l'IUT de Lannion en journalisme, je m'entraîne! J'adore voyager et faire de la plongée, j'ai fait un peu le tour du monde et pris de très belles photos même sous l'eau!

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