TECHNO – Le festival de Léonard retourne Guingamp

Une programmation qui devient de plus en plus alléchante au fil des éditions.

Les 29 et 30 mai, la ville de Guingamp accueillait le Festival de Léonard. Lancée cette année, l’association Léonard Wanderlust en arrive déjà à son deuxième événement. Après la première boum de Léonard, organisée vendredi 20 mars dernier, les onze jeunes ne s’arrêtent plus. Ils proposaient, pour le week-end du 30 mai une programmation, sur deux jours, assez alléchante. Retour sur cet événement qui a bousculé la petite commune du Trégor …

DEUX SOIRS, TROIS LIEUX, CINQ SCÈNES !

Samedi après-midi, la terrasse du Galopin respirait la house.

Les deux soirs, la musique débutait au bar le Galopin avec une terrasse axée house et l’intérieur plus techno.

Le vendredi, il fallait changer de lieu aux alentours de minuit pour retrouver le Campbell’s bar et une scène encore plus sombre. On y retrouvait alors l’ancien Chris Azano, ainsi que les deux jeunes de Proceed, qui ont étalé une techno au souffle haletant. On a juste eu le temps de retenir notre respiration jusque 2h. Se clôturait là, cette première soirée déjà bien folle !

S’en suit la nuit du samedi soir. Avec une après-midi planante sur la terrasse du Galopin. Entre deux éclaircies, la house a fait son nid. On a fermé le Galopin après le passage de Blutch et des deux membres de l’association : Della Negro et Nivuniconox. La foule s’est volatilisée pour l’Eden. Le fameux club guingampais, qui, ce soir-là a quelque peu changé son public. Le DJ Brestois Clément Landrau s’est alors chargé de mettre tout le monde d’accord à l’aide d’une techno percutante, qui, à 6h du matin tapait encore dans les oreilles.

Sekoa chauffe la scène intérieur du Galopin.

Bref, un week-end de folie avec une organisation sans prise de tête. Grâce à laquelle nous avons pu rencontrer et interviewer Azano et Kooper le vendredi puis Cleft et H.Mess le samedi.

INTERVIEW CASSE-CROÛTE. AZANO ET KOOPER (S’ILTEPLAY)

SILTEPLAY, une association qui fêtera bientôt ses 20 ans !

Chris Azano roule sa bosse entre les clubs et les soirées technos depuis plus de 20 ans. Il a formé le collectif S’il Te Play en 1999. Mathis Alexandre (Kooper), quant à lui, fait partie des derniers venus de l’association Vibromachine avec ses compères Jean-Baptiste (The Iconoclast) et Benjamin (This Island/Easy Raccoon). On les rencontre dans le grenier du Galopin, autour d’un bon kebab pour une interview casse-croûte.

Kooper passe la main aux deux protagonistes de Léonard Wanderlust : Della Negro et Nivuniconox.

Avant tout les gars, comment vous vous êtes rencontrés ?

Kooper : Dans un bordel en Suisse …

Azano : Non quand même pas ! Dis pas ça ! Ils vont nous croire. C’était à Dinan (22), au Canard Electrik. Je jouais avec Pierre (E-Runner). Et Mike, le patron du bar, me parlait sans arrêt d’un petit crew du coin qui faisait de la musique proche de ce qu’on faisait avec les gars de S’il te Play. Et très vite, par le biais de Mike, les présentations se sont faites.

Tu peux nous détailler ce qu’est S’il te Play ?

Azano : C’est un collectif qui a été créé en 1999, sur la base de cinq DJs. L’idée c’était d’organiser des soirées privées à droite, à gauche. À l’époque, les patrons des clubs ne voulaient pas trop de technos dans leurs boîtes. Et en plus ce genre de soirées ramenait des drogués et des homos alors c’était mal perçu par les gens. Du coup, on organisait nos propres soirées, à petites capacités. De 100 à 200 personnes dans des lieux privés qu’on louait. Puis l’association s’est montée, étant donné que les mœurs étaient plus ouvertes. On a alors commencé à accéder aux bars et aux clubs.

Et toi, Kooper, tu es chez Vibromachine, n’est-ce-pas ?

Kooper : Oui ! C’est une association de Dinan (22), dans laquelle je suis rentré avec JB et Ben, grâce à Mike, qui est aussi le patron du Canard Electrik.

Quel lien existe entre vos deux associations ?

Azano : Aucun, à part …

Kooper : … À part l’amitié, la picole et la musique ! (rires)

Ce soir, nous sommes dans le Trégor, au fond des Côtes d’Armor, à Guingamp pour le Festival de Léonard. Kooper, quelle va être la ligne directrice de ton DJ Set ?

Kooper : Heu, je ne sais pas trop. Je verrais selon l’ambiance qu’il y aura sur le moment. Après je compte axer mon set sur de la house, vu qu’on est en extérieur, sur la terrasse et que le soleil va aller se coucher, ça peut être cool.

Et toi Azano, ce soir quel va être ton délire ?

Azano : Ce que j’écoute en ce moment, c’est-à-dire un délire hard tek ascendant vierge (rires). Non, sérieusement ce soir, je vais jouer la techno que je joue habituellement, influencée par le son de Berlin.

Est-ce que les guingampais sont un public à appréhendez ?

Azano : Non, du tout ! J’étais à Saint-Brieuc pour Art Rock, la semaine dernière et j’ai été agréablement surpris. Et puis, on est en 2015, il y a vraiment un public jeune pour la musique électronique.

D’ailleurs, penses-tu que la musique électronique est si appréciée parce qu’elle s’est démocratisée ou parce qu’elle surfe sur une vague de hype actuelle ?

Azano : Les deux à la fois ! C’est surtout que les jeunes, qui sortaient à l’époque, ont eu des enfants, qui, eux, sortent à leurs tours. Et puis t’entends de la techno partout maintenant. Il était temps !

Et toi, le jeune padawan, quel œil as-tu sur ce mouvement ?

Kooper : Disons, qu’en 2009, à la Route du Rock, j’ai vu Simian Mobile Disco qui m’a mis d’accord avec la musique électronique. Alors que j’allais là-bas pour voir du rock justement … Quoiqu’il en soit ça m’avait vraiment plu et aujourd’hui on en revient à l’essence même. C’est-à-dire la techno et la house, de Chicago, Berlin et Détroit. Après, c’est vrai qu’aujourd’hui, en plus d’une démocratisation, on peut parler d’une certaine hype. Quand on voit la masse d’évènements présents à Rennes et à Nantes depuis un ou deux ans. Après, quand elle sera retombée, je pense que …

… On verra les vrais ?

Kooper : Ouais ! Seuls les vrais savent (rires) !

Azano : Ça a toujours été comme ça de toute manière.

Et toi Chris, tu seras toujours là ?

Azano : Ça fait déjà 20 ans que je tiens ! Donc ouais, j’espère. Je n’ai jamais lâché l’affaire et je me sens toujours motivé donc ça devrait le faire. Mais, peut-être que je vais avoir une petite crise de la quarantaine, qui sait ?

Mais quel est ton secret de longévité Chris ?

Azano : La mayonnaise et la bière, si tu veux tout savoir !

INTERVIEW ORGANISME TEXTURE – CLEFT ET H.MESS

Texture, un collectif Rennais « à part » !

Cette association, composée de jeunes DJs, se définit comme « une famille créative Rennaise œuvrant dans le domaine de l’évènementiel, regroupant plusieurs amis qui ont choisi de réunir leur savoir-faire pour travailler ensemble sur des projets musicaux et artistiques ».

Pouvez-vous nous expliquer ce qu’est Texture ?

H.Mess : C’est une association rennaise, avec laquelle on organise des évènements musicaux et artistiques dans des lieux insolites.

Cleft : Toujours dans des lieux insolites !

H.Mess : Du coup, parfois, on se galère à en trouver. Et puis pendant les évènements texture, il y a des DJs, plutôt orientés techno mais aussi d’autres performances artistiques en live !

H.Mess, lors de son DJ Set, samedi 30 mai au Galopin.

Pourquoi cette volonté d’étendre le projet à d’autres espaces artistiques ?

H.Mess : On trouve ça plus intéressant. Parce qu’aujourd’hui, beaucoup de soirées se ressemblent. Il fallait se différencier. Surtout à Rennes, chaque week-end les soirées se font en boîtes. Donc, nous, qui sommes, pas fans des boîtes, devions proposer une alternative.

Cleft : En plus c’est toujours les mêmes boîtes qui sont investies. Le 1988 Club, l’Antipode, l’Ubu, l’Etage parfois. Nous on voulait faire des soirées dans des hangars, des parkings, des garages, des clairières.

Justement, lorsque vous réservez des lieux insolites, vous faites ça toujours dans la légalité ?

H.Mess : Oui c’est surtout des lieux privés en fait ! Les soirées le deviennent aussi plus ou moins du coup. On gère avec le propriétaire. Pour la première Texture, c’était dans un parking. On a vu ça avec la ville de Rennes. La deuxième se déroulait dans un lieu privé, on a donc signé un contrat avec le propriétaire.

Vous-arrive-t-il de faire face à certaines réticences lorsque vous organisez vos soirées technos ?

H.Mess : Il ne faut pas avancer le projet comme ça. Par exemple, pour la première soirée, je n’ai pas prononcé une seule fois le mot techno quand on a négocié le contrat. Je parlais de musique électronique, en appuyant le fait que c’est d’abord un évènement culturel.

Cleft : Parfois, on tombe aussi sur des proprios réceptifs. Pour Texture #2, le gars était super chaud.

H.Mess : Donc il ne faut pas généraliser. Et appuyer le côté culturel et artistique, limite parler d’une expo.

Quels autres types d’artistes vous rapportez ? Des graffeurs ? Des peintres ? Des potes ?

H.Mess : Ce ne sont pas des gens de l’asso. Ce sont des personnes que l’on connaît ou alors on fait un appel à projet, comme pour la prochaine édition. Mais il y a des graffeurs, des peintres et aussi des mecs qui font de l’art numérique. On a même des partenariats avec des marques de fringues. On reste ouverts à toute proposition.

The Village est le nom de la prochaine Texture. Elle aura lieu dans un lieu encore tenu secret. Cependant la programmation est tombée. Peux-tu nous parler du premier nom, Lazare Hoche ?

H.Mess : C’est un DJ parisien. Il a lancé son label Oscillat Music, et fait principalement de la musique house. Il est d’ailleurs présent le 6 juin 2015 sur la scène Printemps au Weather Festival à Paris.

Pour revenir au Festival de Léonard, ce soir, vos sets s’inscrivent-ils dans la même ligne directrice que vos soirées ?

H.Mess : Oui, de la techno très industrielle, parfois mélodique. Techno militaire aussi, comme j’aime à l’appeler.

Quels sont les artistes du moment qui vous inspirent ?

H.Mess : Roman Poncet et Antigone.

Cleft : Oscar Mulera et Dax J, parce que ça galope et que j’adore ça !

Pour finir, à part la techno, dans vos oreilles, il vous arrive d’écouter autre chose ?

H.Mess : Quasiment pas !

Cleft : J’écoute un peu de micro house. Mais, en ce moment, j’écoute un peu de blues, ça me change les idées, j’aime bien !

François Brulé

Étudiant en journalisme.

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