INTERVIEW – Thylacine, du classique à l’électronique

William Reuzé aka Thylacine est un artiste assez exigeant sur ses concerts. Il ne donne d’ailleurs jamais plus de deux ou trois dates à suivre pour ne pas s’épuiser. Après le festival de Dour, il était présent aux Vieilles Charrues pour présenter son live sur la scène Graal.

© Yann Le Ny

« Je me sens plus compositeur que beatmaker. » © Yann Le Ny

Report Ouest – Tu étais saxophoniste et tu t’es mis à la musique électronique assez récemment. Peux-tu donc nous parler de tes influences musicales ?

Thylacine – Ouais c’est vrai, je suis venu à la musique électronique tardivement. J’ai commencé le saxo tout petit alors que j’avais 5 ans. Je jouais pas mal dans des orchestres et j’étais au conservatoire. Après je suis passé au jazz grâce à quoi j’ai découvert l’improvisation et le travail en live. J’ai joué dans pas mal de groupes différents. Et il y a 4 ans, quand je suis rentré aux Beaux Arts, j’ai voulu créer des morceaux un peu plus poussés et personnels. Je voulais approfondir et pouvoir être fier de mes compositions à la fin. C’est comme ça que j’ai connu la musique électronique sans être de ce milieu. J’ai découvert en faisant des petits trucs avec des samplers et j’ai appris plus en composant qu’en allant en club.

Tu restes très influencé par toutes tes expériences, non ?

Maintenant j’écoute beaucoup de musiques électroniques. Mais au niveau de la composition, cela reste très imprégné de ce que j’ai découvert en classique. Pour le live, je garde beaucoup du jazz. J’aime beaucoup l’idée de faire quelque chose de l’instant avec le public. J’ai pas envie de faire un truc hyper programmé que tu présenterais sur toutes les dates. Je prend des risques mais c’est nécessaire en concert. Il se passe généralement plus d’émotions dans des instants comme ceux-là. Tu viens de dire que tu as joué dans des groupes de jazz.

As-tu joué d’autres styles de musiques ?

Ouais, j’ai joué dans des orchestres et après j’ai eu les groupes de jazz. Et puis arrivé au collège et au lycée, j’ai joué dans des groupes de potes (rires). On faisait des musiques actuelles, j’ai tourné un petit peu avec ça et j’ai ensuite arrêté ces différents groupes pour travailler un projet plus personnel.

Ta formation classique ne te donne pas une vision orchestrale de la musique électronique ?

Si, c’est exactement ça comme ça que je le vois. C’est pour ça que quand les gens me disent que je suis un beatmaker. Je leur réponds que non, je me sens plus compositeur. Si j’avais un orchestre avec moi, je l’utiliserais aussi. C’est aussi ce que j’adore en live, je suis vraiment le chef d’orchestre. Je contrôle tous les sons et les différentes boucles que j’ai. Je peux recomposer mes morceaux avec ça et je maitrise toute la structure. Je peux partir en improvisation si je veux, c’est ça que je trouve fou !

Avec Fakear et Superpoze, vous vous retrouvez dans le même esprit, même si finalemement ils viennent du beatmaking…

Oui, carrément ! Maintenant, Superpoze ne fait carrément plus de beatmaking et Théo (Fakear, NDLR) tourne avec un groupe. On est assez proche car on fait tous de la musique électronique, mais on a tous fait des instruments à la base. On a une façon de faire qui peut être parfois similaire parce qu’on privilégie la composition et la mélodie. C’est plus personnel et intimiste.

C’est d’ailleurs assez surprenant, vous êtes arrivé tous les trois quasiment en même temps sur la scène musicale en créant un espèce de genre qui vous appartient…

Oui, c’est Superpoze qui est arrivé le premier après il y a eu Fakear. Je suis un petit peu le dernier du lot (rires). C’est la période qui veut ça. On a tous réussi a décollé grâce à Soundcloud, à des blogs de musiques parce que notre musique ne plaît pas à la base aux maisons de disques. En plus, on est pas DJ, on fait des lives donc on n’est pas sur le réseau club. C’est assez représentatif de ce qu’il se passe maintenant et de ce que permet Internet dans la découverte musicale.

Vous avez eu des idées de compositions ensemble ?

On a fait quelques démos ensembles en décembre dernier. On avait deux jours à tuer dans un festival à la montagne. On a passé plusieurs nuits à faire des morceaux en s’échangeant des clés USB et en faisant des petits trucs. On a sorti ça en téléchargement gratuit, en cadeau pour le premier de l’an.

Ça te donne envie de continuer à faire des collaborations avec d’autres artistes électroniques ?

Je fais pas mal de collaborations mais pas forcément avec des artistes du milieu électronique. J’aime bien aller chercher quelque chose de nouveau avec des musiciens d’autres milieux. Je préfère que la collaboration apporte quelque chose d’assez différent. Je ne me tourne pas de premier abord sur la musique électronique. Je préfère m’ouvrir aux musiques traditionnelles ou classiques.

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