PRIX BAYEUX – Un hommage aux journalistes de Charlie Hebdo

À l’occasion de la semaine du Prix Bayeux-Calvados, du 5 au 11 octobre 2015, les reporters de guerres ont été mis à l’honneur. Tous les ans, une stèle est dévoilée en hommage aux nombreuses victimes de conflits armés et était dédiée cette année aux journalistes défunts de Charlie Hebdo.

Chaque année, une stèle est dévoilée en hommage aux reporters de guerre victimes des conflits armés. © Photo Christophe Magat

 

Le ciel est plutôt bleu en ce jeudi après-midi normand, à deux pas des plages du débarquement.
Dans le mémorial des reporters de guerre, l’herbe bien verte et entretenue jonche le pied des nombreux arbres, qui font de ces grandes allées un havre de paix, bien loin de la guerre et ses terrains dévastés connus des reporters de guerre. 27 stèles accompagnent le sentier, où sont gravés plus de 2000 noms de reporters décédés, années après années.
Le calme du lieu est presque apaisant, en contraste avec la mort de ces journalistes dont les noms reposent désormais ici, partis dans le fracas des armes et la souffrance connue des pays en guerre.

« La guerre est venue à nous »

Riss, dessinateur et directeur de Charlie Hebdo, était présent avec Éric Portheault, directeur financier du journal satirique, en mémoire des victimes du 7 janvier. Son discours, émouvant, a laissé l’auditoire pantois et éprouvé. La situation est inhabituelle. « C’est étonnant de se retrouver ici, on n’avait jamais imaginé que des noms de dessinateurs de Charlie Hebdo se retrouvent sur cette stèle… », avance Riss, au teint blafard. « Pour nous, il n’y a jamais vraiment eu de reporters de guerre à Charlie Hebdo. Mais la guerre est venue à nous. Ce 7 janvier, on parlait de ce qui se passait en Syrie en pensant que c’était loin et que ça ne nous toucherait pas, mais les gens dont on parlait se trouvaient derrière la porte et sont entrés dans la salle de rédaction 5 minutes après ».

Riss, dessinateur de Charlie Hebdo, est revenu sur les attentats du 7 janvier 2015.  © Photo Christophe Magat

La violence inouïe amenée dans cette salle de rédaction ce 7 janvier paraît insupportable dans la bouche d’un des seuls témoins. « Pendant les trois minutes que l’attaque a duré, c’était presque une scène de guerre. Ces gens nous ont attaqué comme des guerriers, et un peu de cette guerre a été importée en France ». Que dire alors des conditions de vie dans des pays en conflits armés, comme en Syrie ou en Israël… Le dessinateur considère tout de même que les pays occidentaux vont rester concernés par cette violence. « C’est quelque chose qu’il faut désormais intégrer, même un simple dessinateur de presse en France peut se faire tuer dans ces conditions et pour ces raisons là ». Mais au delà de cet épisode noir pour la presse française, Riss tient à envoyer un message. « Ce que ces gens veulent atteindre, au delà de la liberté des journalistes et dessinateurs, ce sont nos libertés fondamentales à tous ».

Cet hommage appuyé a aussi pris corps dans la voix de Christophe Deloire, secrétaire général de Reporter sans frontières. « Aujourd’hui, on peut perdre la vie pour un mot, un trait d’humour, un dessin ou une enquête. » En insistant sur l’importance de cet hommage au magazine satirique. « Charlie Hebdo a vécu pendant longtemps dans une grande solitude, en étant peu soutenu lors d’attaque plus légères. Après la solitude est venu le soutien de la multitude, le 11 janvier. Aussi par les chefs d’États, qui ne rendent pas hommage tous les jours à la liberté de la presse et même assez souvent la brime. On retiendra que c’est un hommage du vice à la vertu ».

Dans ce mémorial, l’émotion a pris le pas. C’est dans ce genre d’endroit, où l’on n’a pas envie de plaisanter, que reposent maintenant les noms des 47 journalistes décédés depuis le début de cette année, dont ceux des journalistes de Charlie Hebdo.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée.