TOUR DE FRANCE – Grâce à lui, la caravane défile toute l’année

Lionel Blanloeil a deux passions dans la vie : la cuisine et les belles mécaniques. Depuis plus de 30 ans, il collectionne et restaure des véhicules ayant participé à la célèbre caravane publicitaire du Tour de France dans les années 50 à 70.

 

Lionel (à gauche) pose avec son fils Enzo, 22 ans, aux côtés du tonneau Byrrh. Un coup de cœur qui révéla en lui une âme de collectionneur de véhicules publicitaires. L’un d’eux date de 1919 ! © Photo Alexandre Mazel

Rennes, Restaurant « Le Charly ». Il est 14 h 30 lorsque Lionel quitte l’enseigne, dont il est le gérant depuis 14 ans. Direction l’un de ses deux hangars pour s’atteler à sa deuxième passion, l’automobile. « Depuis que je suis tout petit, je garde tout : les voitures miniatures, les jouets… » Vous l’aurez compris, à 67 ans, Lionel est un collectionneur dans l’âme. Les deux hangars dont il est le propriétaire sont remplis d’objets amassés au cours de son existence. Une véritable caverne d’Ali-baba. Parmi tous ces trésors, le Breton a une affection toute particulière pour les belles mécaniques, dont il possède un joli lot de sportives : une Simca 1200 S, une Caterham, une R8 Gordini… la liste est longue, et en ferait saliver plus d’un.

Mais ce qui passionne par-dessus-tout le cadet de la famille Blanloeil, ce sont les véhicules publicitaires de la célèbre caravane du Tour de France. « Un jour, on m’a offert un tonneau Byrrh miniature. C’est devenu un porte-bonheur, je l’emmenais partout avec moi. Lorsque je suis arrivé à Rennes, en 1980, quelqu’un m’a dit qu’il avait vu le même, mais en vrai… ». Fou de joie, Lionel fait le nécessaire pour le racheter au vieil homme qui le possédait. « Il avait servi à tout, il avait même servi de cheminée. Comme les roues avaient été démontées pour être placées sur une remorque de tracteur, je lui en ai acheté des neuves, pour pouvoir récupérer celles d’origine. En plus de ça, j’ai dû le payer pour récupérer le véhicule. Ça m’a coûté cher ! ».

À l’état d’épave, le tonneau nécessitera près de deux ans et demi de restauration pour retrouver son lustre d’antan. Débute alors une belle histoire d’amour entre le cuisinier et la caravane. « Aujourd’hui j’ai 19 véhicules ! Des tonneaux bien sûr, mais aussi des voitures de directeur de course, comme celle où était installé Jean-Marie Leblanc lors du Tour de 1980. Et j’en ai trois autres en chantier : deux tonneaux, dont un aux couleurs de la « Nouvelle République », et une estafette « Phillips ».

« On fait tout à la main »

Passionné par cette fête populaire apparue en juillet 1930, Lionel recherche avant tout les véhicules des années 50 à 70, les « authentiques ». « À cette époque, ils utilisaient de vraies voitures, qui pouvaient circuler le reste de l’année. Aujourd’hui, ceux qu’on voit défiler ne sont que des châssis sur lesquels sont posés des décors ».

Comme pour le tonneau Byrrh, les véhicules sont achetés à l’état d’épave. Leur restauration nécessite en moyenne deux ans et demi de travail. Et si certains ont conservé leur monture d’origine, ce n’est pas le cas de toutes. Il faut alors les fabriquer de A à Z. « On prend des bases de Renault ou de Citroën et on se met au travail. Je trouve les pièces grâce au bouche à oreille. Pour le reste, on fait tout à la main. Je suis bricoleur, mais j’ai deux ou trois mécanos qui travaillent à mes côtés ». Parmi eux, son fils, Enzo, 22 ans. Lui aussi passionné de mécanique, il a choisi d’en faire son métier. Aujourd’hui, il travaille aux côtés de son père. « Il a pris ma place » en rigole Lionel.

Une fois la mécanique remise en état de marche, place à l’habillage du bolide. Là encore, tout est fait maison. « On construit tout, des plaques aux objets de décor en passant par les autocollants. J’ai un ami qui fait ça à la perfection ». Le résultat est saisissant : une fois terminés, les trublions de sa caravane sont identiques à ceux de l’époque.

De la plaque d’identification (en bas à gauche) aux drapeaux, tout est fait à la main. À titre d’exemple, une reproduction de la R16 aux couleurs d’Europe 1 dans laquelle Maurice Biraud, animateur vedette de l’époque, haranguait la foule en 1969.
© Photo Alexandre Mazel

« Partout où on va, c’est la fête »

Bien entendu, une telle collection ne laisse pas indifférent. Lionel est régulièrement contacté pour participer à différentes manifestations, où il côtoie d’anciennes légendes comme Bernard Hinault ou Raymond Poulidor. Le « Tour de Rance Vintage », les « 24 Heures du Mans », ou encore « Le Mans Classic ». Au total, il fait une quinzaine de sorties par an. Sur place, ce qu’il apprécie, c’est l’engouement du public. « Partout où on va, c’est la fête. Chaque véhicule est équipé d’une sono avec des chansons de l’époque, pour mettre l’ambiance. Et je me débrouille toujours pour avoir des bonbons ou des cadeaux à distribuer. Car ç’est ça l’esprit de la caravane ».

Mais la caravane ne serait plus ce qu’elle est sans être liée au Tour de France. Le tonneau Butagaz, le camion Spar, le château-fort Castelvin… tous défilent à travers différentes communes lorsque la course passe en Bretagne ou dans les départements voisins. Le gérant du restaurant «Le Charly » rêve d’intégrer un jour le défilé officiel, et pourquoi pas sur les trois semaines de compétition. Mais pour des raisons budgétaires, c’est impossible. « L’ASO demande 120.000€ par véhicule… »
Pour chaque déplacement, Lionel est accompagné de ses compères de l’Association des véhicules anciens et publicitaires (Avap), qu’il a créée, mais aussi d’André, son frère aîné. Cuisinier à la retraite, ce dernier a eu la chance de vivre le Tour de l’intérieur, au sein de l’équipe Castorama – de 1990 à 1994- aux côtés de Laurent Fignon, Thierry Marie ou encore Luc Leblanc. Également collectionneur, il s’occupe aujourd’hui de la logistique et met à profit ses contacts pour que leurs bolides puissent être présents sur des événements comme le Tour de France.

Lionel, lui, se sent frais comme un gardon. La retraite ? « Je n’y pense pas une seule seconde ! »

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