FEST. PHOTOREPORTER – « Pas d’info qui marche, mais de l’info qui compte »

À l’heure où les feuilles commencent à tomber des arbres, la photographie a trouvé refuge dans le centre-ville de Saint Brieuc. Chaque automne, le festival Photoreporter invite tous les curieux à venir s’informer à travers des photoreportages venus du monde entier. Au programme : 29 jours de débats, de rencontres et d’expositions avec, cette année, une nouveauté…

 
Informer. Voilà le but que s’est fixé le festival Photoreporter, il y a maintenant quatre ans. Depuis, le public qui vagabonde dans la baie de Saint Brieuc peut découvrir une dizaine de reportages exclusifs qui illustrent et questionnent des thématiques actuelles, souvent peu relayées par les médias.
Cette année, la sélection est à nouveau saisissante, à l’image des photos exposées au Carré Rosengart ou encore à la Maison du festival. De la menace qui pèse sur l’écosystème des oiseaux marins des îles Shetland, en passant par l’enlèvement des jeunes filles par le groupe islamiste Boko Haram, le visiteur qui ouvrira les portes des lieux d’exposition pourra profiter d’un large panel d’informations laissé par les photoreporters.
C’est en cela que le festival devient un réel média d’information, au même titre que la télé, la radio, ou internet. Observer, lire les légendes, comprendre, et surtout apprendre. Autant d’activités qui permettent de prendre conscience de problématiques importantes concernant notre société actuelle. Et ce, peu importe si elles se posent à des milliers de kilomètres de la France ou à deux pas de chez nous.

Ce photoreportage de Rodolphe Marics montre que les plus grosses problématiques peuvent avoir lieu à seulement quelques pas de chez nous. Ici, il s’agit d’informer les citoyens sur le projet d’extraction de sable coquillier, au large de la baie de Lannion. Un sujet qui soulève d’importants enjeux économiques et environnementaux. / Peuple des dunes © Rodolphe Marics

Des photoreportages financés… par vous ?

L’évènement, financé par le conseil départemental des Côtes d’Armor et par Saint-Brieuc Agglomération, permet aussi chaque année aux photoreporters de produire leur contenu. Une trentaine de partenaires privés soutient le festival et permet aux photoreporters d’exercer leur profession, dans un contexte difficile.

Cette année, après s’être longuement demandé comment produire du contenu tout en engageant les visiteurs dans la production, le Festival a lancé sa propre plate-forme de financement participatif . « Il s’agissait de donner aux citoyens un moyen de s’engager à partir d’un simple synopsis », explique Alexandre Solacolu, le directeur du festival. « Le but, c’est de produire un sujet qui n’existe pas encore, via une plateforme de crowd-investing. Ainsi, le contributeur peut se voir attribuer une partie des recettes générées si le photoreportage paraît dans des titres de presse ! » Mais, pour le directeur, la finalité du projet ne réside pas dans son aspect financier et tient d’ailleurs à rappeler : « Le premier geste important est basé sur l’engagement vis à vis du produit proposé… Le citoyen qui s’investit devient alors un véritable ambassadeur ! Il s’agit d’engager une communauté dans un projet, avant de penser aux sous. Il n’y a pas d’info qui marche, il y a de l’info qui compte ».

Réfléchir au photojournalisme

Le festival photoreporter, c’est aussi un moyen de réflexion autour des problématiques actuelles d’un métier en crise. Pour répondre à cette crise, l’évènement propose de rassembler des professionnels afin de confronter leurs idées sur une problématique actuelle : la diffusion massive d’informations. Les 10 et 11 octobre derniers, à la Maison du Festival, se sont rencontrés des photoreporters (Franck Vogel, Gaël Turine, Michel Setboun ou encore Thierry Secretan) et des entreprises comme celles de Lamark, par exemple, spécialisée dans la reconnaissance de l’image.

Devant la profusion constante de photos sur Internet, l’appropriation de l’information est donc devenue un enjeu aussi capital que celle de la production de contenu. À tel point que les professionnels présents la semaine dernière se sont mis d’accord : l’image doit suffire pour relier l’auteur et sa valeur, au milieu des milliers de photos qui sont postées chaque jour sur Internet. Mais alors, comment faire ? Tatouer une photo pour pouvoir la retrouver ensuite ? C’est ce qu’a proposé Lamark aux photojournalistes afin de garder indéfiniment un lien avec leur photo. Le principe : après que les photographes aient tagué leurs photos et après les avoir partagé, Larmark permettrait donc à n’importe qui de « shazamer » une image pour faire le lien direct avec son auteur… Et permettrait ainsi aux pros de la photo de traquer leur propre travail. Les nouvelles technologies du numérique, qui sont en partie à l’origine de la crise du photojournalisme, pourraient aussi en être la solution.

Le festival photoreporter est donc largement plus qu’une simple exposition : c’est une machine à réflexions.

Cloé Magister

J'apprends plein de trucs sur le journalisme à l'IUT de Lannion et je parle parfois dans ta Radio TTU. Inconditionnelle amoureuse de la photo qui rêve un peu trop souvent de voyages. Et même que j'ai un compte twitter.

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