RÉGIONALES – Le Drian, de Daech aux algues vertes ?

Après une longue attente, le ministre de la Défense Jean-Yves le Drian est finalement sorti de son silence hier après-midi à Lorient. Un discours simple et bref qui lui aura permis de confirmer sa candidature, soupçonnée depuis quelques semaines maintenant. À deux mois des régionales, le ministre est donc officiellement en campagne en tant que tête de liste du Parti Socialiste pour la région Bretagne. De quoi remettre en cause son avenir politique…

Jean-Yves Le Drian a enfin officialisé sa candidature aux élections régionales. © Photo Remi Jouan

Ira, n’ira pas ? Perçu par beaucoup comme un secret de polichinelle, le ministre de la Défense avait pourtant botté en touche la semaine dernière sur Europe 1 : « Je suis candidat, mais je ne suis pas tête de liste […] je ferai part de mes intentions prochainement aux Bretons ». Marc Le Fur, candidat pour Les Républicains, avait alors souligné cette attente comme un « manque de respect envers les Bretons ». Ce dernier pointait en particulier du doigt le flou qu’entretenait Le Drian sous sa double casquette, « candidat secret » d’un côté, ministre de la Défense de l’autre.

Cette candidature si tardive peut se justifier par le fait que le ministre « préféré des français » ne souhaitait tout simplement pas se plonger dans une lourde et éprouvante campagne trop tôt. De sérieux dossiers tels que Daech, rafales, ou encore plan vigipirate trainent encore sur son bureau à la capitale… Des préoccupations encore bien loin de celles de l’électorat breton.

Sauver la gauche…

Si Jean-Yves Le Drian retourne en Bretagne pour les régionales, c’est avant tout car François Hollande le lui a demandé. Elu déjà à deux reprises président de la région en 2005 et 2010, le président sait à quel point les bretons sont attachés au ministre, breton d’origine. Envoyer ce dernier en campagne reste probablement un des moyens les plus sûrs pour sauver la gauche dans la région. Peut-être d’ailleurs une des seules que peut envisager de remporter le Parti Socialiste, le 6 et 13 décembre prochain.
Encore est-il que le combat est loin d’être gagné d’avance. La perte des Côtes d’Armor, passant sous le sigle Les Républicains lors des dernières élections départementales, a été perçue comme un vrai coup de tonnerre dans le ciel breton. La crise des agriculteurs de l’été dernier a également envoyé des signaux forts au gouvernement, émettant le ras-le-bol d’un grand nombre de Bretons sur les choix politiques décidés par l’actuelle majorité socialiste. En ce début de campagne, Jean-Yves Le Drian pourra donc évidemment compter sur sa popularité pour convaincre, mais il devra également réussir à rameuter une partie de son électorat perdu, dégoûté par l’actuelle gauche au pouvoir.

… et quitter son ministère

La candidature, désormais officielle de Le Drian, pose maintenant bien des questions. Peut-il rester ou non ministre de la Défense en cas de victoire aux régionales ? Logiquement, cela ne devrait pas être possible. Le non-cumul des mandats, loi phare instaurée par François Hollande l’année dernière ne devrait pas l’autoriser à cumuler les deux postes. Un lourd sacrifice pour l’exécutif qui perdrait alors un de ses meilleurs ministres, qui a d’autant plus le mérite d’être aujourd’hui le plus populaire.
Quant au principal intéressé, on se doute que celui-ci perdrait sévèrement au change en cas de victoire. Jean-Yves Le Drian passerait en effet des défis internationaux qui rythment la vie dumonde entier aux conseils régionaux qui traitent en priorité de sujets locaux. A croire que sauver la gauche n’a pas de prix. Dur réalité pour le ministre…

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