LPO – L’hôpital des bêtes à plumes

Sur l’Île-Grande, des bénévoles et des soigneurs de la ligue pour la protection des oiseaux (LPO) s’occupent des fous de bassan, des goélands ou encore des pigeons. Soignés et nourris dans un centre de soin, ils sont ensuite relâchés.

 

Peter, 19 ans, est en service civique dans le centre de soin. Il soigne et diagnostique les oiseaux. Deux jeunes fous de bassan reprennent des forces dans la piscine.

Les vagues viennent s’écraser contre les rochers. Le vent souffle fort et de fines gouttes de pluie s’abattent sur le chemin sableux. Dans ce paysage quasi-sauvage de l’Île-Grande, une bâtisse observe la mer : la station ornithologique. Elle abrite la maison de la réserve naturelle des Sept-îles et le centre de sauvegarde de la ligue pour la protection des oiseaux (LPO), depuis 1984.
Ce mercredi 21 octobre, l’endroit semble désert. Quelques marcheurs regardent la mer, d’autres s’approchent de la station et jettent un coup d’oeil aux panneaux. Pourtant, loin d’être vide, le bâtiment est plein de vie. Par la fenêtre, se distingue la silhouette d’une jeune femme en blouse blanche. Elle vaque à ses occupations dans le centre de soin qui accueille les oiseaux blessés ou affaiblis.
« Actuellement, il y en a 35 », indique Gilles Bentz, le responsable de la station. Pigeons et tourterelles côtoient goélands, fous de bassan et fulmar boréal. Dans le centre, Henri, un bénévole, s’emploie à nourrir les oiseaux. « On donne des poissons pour les oiseaux marins, des vers de farine, des graines, des croquettes… », explique Peter, un jeune allemand en service civique dans la station.

Tombés du nids ou mazoutés

La propreté est de mise dans le centre de soin. Blouse blanche et bottes aux pieds, les soigneurs et bénévoles passent par la case bassine d’eau avant de pénétrer dans la pièce principale ou dans celle du fond. Cette dernière héberge les oiseaux les plus mal en point. Dans des box, des pigeons et des tourterelles se reposent. Au fond, des bacs abritent les volatiles un peu plus gros. Le tout ressemble à un hôpital pour animaux à plumes.

Gwen, 23 ans, est bénévole. Elle secoue un poisson devant un fou de bassan pour le stimuler. L’oiseau est affaibli et n’arrive pas à se nourrir seul.

« Les oiseaux terrestres, comme les pigeons, sont souvent amenés ici par des particuliers, pour des collisions avec des objets fixes », raconte le responsable de la station. « Au printemps et en été, il y a beaucoup d’oiseaux tombés du nid », ajoute Peter. L’hiver, les oiseaux maritimes sont souvent accueillis dans le centre. À cause des tempêtes, mais aussi du dégazage des bateaux. « Quand les bateaux lavent leur moteur en pleine mer. C’est pourtant interdit », soupire Henri. Les volatiles arrivent alors mazoutés. « Il faut les nettoyer plusieurs fois », explique Gwen, une autre bénévole, en pointant du doigt les jets d’eau. « Les oiseaux marins peuvent aussi arriver à cause de captures accidentelles avec des objets de pêche. Les fous de bassan ou les goélands sont parfois blessés par un hameçon », précise Gilles.
Nombreux sont les oiseaux à atterrir dans le centre de soin parce qu’ils sont affaiblis. « Ils arrivent très maigres, à bout de force. En quittant la colonie, ils ne réussissent parfois pas à capturer des proies », continue le directeur de la maison de la réserve naturelle.

Table d’opération, schémas anatomiques et piscine

Nadine Rigaudeau, la responsable du centre de soin ou les deux jeunes en service civique ont la tâche de soigner ces bêtes à plumes. « On a des médicaments comme des anti-inflammatoires ou des antibiotiques et des pansements », montre Peter dans l’armoire métallique. Une table haute, en métal également, sert de table d’opération. Sur le mur, des schémas anatomiques sont collés par un banderole jaune et noire. On peut y lire « Oiseau vivant. A manipuler avec précaution ».
Après avoir été soignés dans le centre, les volatiles sont envoyés dans la volière extérieure, pour reprendre des forces. Les oiseaux marins peuvent aussi faire trempette dans deux piscines. « 60 à 70 % des oiseaux sont relâchés », témoigne Peter. En moyenne, ils passent un mois entre les mains des soigneurs. Avant de pouvoir à nouveau prendre leur envol, et quitter le nid de la LPO.
 

« C’est toute la faune et la flore qui va mourir »

Gilles Bentz, responsable de la station ornithologique de l’Île-Grande
 
La LPO s’est opposée et continue de s’opposer au projet d’extraction de sable en baie de Lannion. Elle soutient le Peuple des dunes en Trégor. Quel impact pourrait avoir ce projet sur la réserve naturelle des Sept-îles ?
La LPO s’oppose à ce projet depuis le début par crainte de plusieurs choses : en premier lieu pour l’effet turbidité. C’est l’activité qui met dans l’eau des particules fines. Le nuage turbide transforme les conditions de vie du milieu : les poissons fuient, les algues reçoivent moins de lumière du soleil. Le nuage turbide a des risques de se déposer aussi sur la côte, de Trébeurden à l’Île-Grande, jusqu’aux Sept-îles. C’est un risque pour le littoral riche en mollusques et crustacés, où les gens viennent pêcher. C’est également un gros risque pour la réserve… La biodiversité y est incroyable, avec un nombre d’espèces animales et végétales considérable. Si les sédiments se déposent sur les fonds rocheux de la réserve, toute la faune et la flore va mourir.
L’autre souci, c’est que cette dune héberge le lançon. Ce poisson est la base de la nourriture de nombreux prédateurs qu’il s’agisse de poissons, d’oiseaux ou de mammifères marins… Ces derniers se retrouveront en difficulté. C’est pour cette raison qu’on a pris comme emblème un macareux moine avec des lançons dans le bec.
 
Pourtant, un rapport d’experts du ministère de l’écologie et du ministère de l’économie indique que « le risque lié à la turbidité est a priori faible et que l’administration se donne les moyens de le maîtriser ».
Le nuage turbide se déplace au gré des marées… La zone de l’extraction est à 16 km de la réserve. Le courant est également fort dans toute la zone. L’extraction, en continu, transporterait le nuage turbide vers la réserve. Le dossier de la Compagnie Armoricaine de Navigation (CAN), la société exploitante, explique qu’il n’y aura pas d’impact au-delà du point d’extraction. C’est impossible !
 
Samedi 17 octobre, vous participiez à une manifestation à Quimper. Comment agissez-vous pour faire entendre votre voix ?
On agit au sein du collectif Peuple des dunes. Nous participons aux manifestations, aux pétitions, aux rassemblements et aux table-ronde. Nous contribuons au montage de dossiers en apportant de la documentation scientifique. Désormais, la suite du combat va avoir lieu sur le terrain juridique, avec nos avocats. La LPO s’est orientée vers un recours en annulation de l’arrêté préfectoral, pour empêcher le démarrage des travaux. Parallèlement, nous organisons des actions vis à vis du décret ministériel, qui délivre l’acte minier. Ce dernier est attaqué au conseil d’état.
 
Quel impact pourrait avoir l’extraction de sable sur votre métier ?
Il peut y avoir un impact sur notre métier dans le sens où nous allons devoir suivre tout cela. Dans l’équipe par exemple, un garde est plongeur. Dans l’eau, il pourra observer si l’extraction a un impact. Nous allons continuer à observer les colonies d’oiseaux marins. Mais l’impact sera difficile à déterminer… Il peut y avoir plusieurs facteurs comme des perturbations météorologiques, le réchauffement de la mer, la surpêche…

Louise Raulais

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