IMAGERIE – Lieux d’être(s), la nouvelle exposition de François Méchain

Du 20 octobre au 5 décembre 2015, l’imagerie de Lannion présente l’exposition de François Méchain : Lieux d’être(s). À travers les 3 salles de l’imagerie, le sexagénaire montre les espaces et les humains en les conjuguant entre eux. Reportage.

Le cahier de croquis de dessin de l’artiste, exposé dans la 3 ème salle de l’Imagerie de Lannion. © Julien Hennequin

Personne ne parle. Les bruits de pas résonnent dans la galerie d’art. Les oeuvres de François Méchain, artiste peintre sculpteur occupent les trois salles de l’Imagerie de Lannion. La Terre, représentée par des fils de barbelés emmêlés trône au milieu de la salle. Les lumières sont projetées sur les toiles. Le pas de la porte franchi, la peinture des cinq continents flottant sur une mare de déchets plonge directement les visiteurs dans l’ambiance. Une dame, foulard autour du cou, ajuste ses lunettes rouges, absorbée par l’oeuvre du « 6 ème continent ». Ce tableau représente « le monde malade, bien malade. Malade de la faillite des politiques à avoir quelque pouvoir sur le monde de l’argent ; malade du réchauffement climatique dont on ne sait où il nous mènera ; malade de nouvelles pollutions conséquentes à nos mauvaises gestions…. ». L’oeuvre du « 6ème continent » est la plus connue. C’est celle qui a poussé Liliane à venir visiter la salle d’exposition de Lannion. « J’avais vu des déchets à Niort. En me demandant ce que c’était, j’ai compris que c’était de l’art contemporain commente-t-elle. J’ai reconnu la toile dans la vitrine de l’Imagerie. Ça m’a donné envie de voir les autres oeuvres de cet artiste ».

Un artiste engagé

Il suffit de regarder les peintures pour comprendre que François Méchain est un artiste engagé, un anarchiste comme il se définit lui-même. A travers ses productions, le sexagénaire dénonce la pollution avec la nouvelle terre de déchets, les conditions humaines, la déforestation. Les murs de l’Imagerie, habituellement blancs, sont remplis de sensibilité. François Méchain n’hésite pas à mettre en scène les espaces naturels. Il porte un grand intérêt pour les arbres, omniprésents dans ses peintures et ses photographies. Le charentais aime mettre en exergue la complexité de leur beauté : l’aspect massif ou élancée, la manière dont ils filtrent la lumière, la densité de leur feuillage, la texture de l’écorce. Autant d’éléments qu’il met en tension à travers les installations pour évoquer l’impossibilité des politiques à prendre des décisions politiques et économiques.

© Julien Hennequin

« Un art étonnant et pensé »

Le photographe ressent ses oeuvres. « Vivre dans un lieu, c’est vivre ce lieu » commente avec philosophie l’artiste dans une vidéo. François Méchain joue avec les codes et l’Histoire. Le jeu devient une métaphore entre les cultures. Le plasticien ne répète jamais ses formes et remet en jeu son regard, sa démarche et sa posture artistiques. Il cherche à donner et à voir de nouvelles formes comme pour « Précarités territoires » exposé dans la seconde salle. L’artiste s’imprègne de son environnement, de son histoire et de sa culture. « C’est étonnant et extrêmement bien pensé » s’étonne une dame qui découvre l’Imagerie pour la première fois. Chaque visiteur réfléchit et se recule des oeuvres pour se questionner. « L’art contemporain interroge. On ne voit que le résultat. J’aurais bien aimé voir la fabrication des oeuvres. Le sens de certaines fabrications m’échappe» reproche un monsieur d’une cinquantaine d’années main sur le menton, comme pour mieux réfléchir. Sur un rythme calme et concentré, les visiteurs parcourront tout au long de l’après-midi l’exposition et voyageront au fil des photographies.

Le 6ème continent existe vraiment.

Au milieu de l’Océan Pacifique, les scientifiques ont découvert un amas de déchets flottants. Ce vortex de détritus serait situé entre Los Angeles et Hawaï. Les particules étant en décomposition, les satellites n’arrivent pas à localiser précisément cette décharge. La surface de ce « 6 ème continent » serait de 700 000 à 2 000 000 de km2 carrés ! Cette gigantesque masse de sacs plastiques, de bouteilles, de brosses à dents et de bouteilles en plastique pourrait atteindre jusqu’à 30 mètres de profondeur. Si les humains sont entièrement responsables de ces détritus, les répercussions pour la faune et la flore marine sont catastrophiques : les tortues de mer confondent méduses et sacs plastiques, les oiseaux et les mammifères s’intoxiquent en remplissant leurs estomacs de déchets indigestes. Le ventre pourtant rempli, tous les animaux meurent alors de faim.

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