Mélissa Plaza : entre football féminin et rêve d’égalité

La joueuse guingampaise espère soutenir sa thèse avant l’été. © Photo Mathilde Delacroix

Mélissa Plaza, 27 ans, est en passe de devenir la première joueuse de football à décrocher un doctorat. Entre deux matches avec l’En Avant de Guingamp, elle prépare une thèse en psychologie sociale sur les stéréotypes sexués dans le sport. Un combat pour l’égalité qu’elle mène au quotidien.

Qui a dit que les footballeurs ne faisaient pas d’études ? Cela a peut-être tout du stéréotype classique mais toujours est-il que Mélissa Plaza s’efforce de prouver le contraire. Ex-joueuse de Montpellier, Lyon et de l’équipe de France de football féminine, elle porte aujourd’hui les couleurs de l’En Avant de Guingamp en 1ère division. Un véritable choix de carrière pour se consacrer à sa deuxième vie : celle de doctorante. Du haut de son mètre 70, cette midi-pyrénéenne de naissance a tout d’une battante. Et les défis, elle aime ça. « J’adore partir avec des handicaps et gagner. Je suis une passionnée, j’apprends toujours. »

Premiers ballons en Haute-Savoie, à Saint-Pierre-en-Faucigny vers huit, neuf ans. Déjà dans une équipe féminine. Une chance. Un frein aussi. « Un club féminin, c’était rare à l’époque. C’est bien mais j’ai quelques regrets de ne pas avoir joué avec les garçons. J’aurais davantage progressé. » La suite est à l’autre bout de la France. D’abord à l’US Arnage, près du Mans pendant deux saisons puis en sport études à Tours dès 13 ans. Mélissa est repérée. Elle peut percer. Son premier vrai contrat, elle l’obtient à La Roche-sur-Yon. Internat, famille d’accueil, fac à Nantes : ses premiers choix de carrière s’imposent. Des choix qui s’avèreront payants puisqu’à seulement 19 ans, la jeune footballeuse obtient une première sélection en équipe de France U19. Un aboutissement. « J’ai ensuite cumulé plusieurs sélections en 20 ans, A’ et même en A (deux sélections en 2009, NDLR) et j’ai été repérée par Montpellier. » Soit l’un des plus gros clubs français qui lui offre l’opportunité de disputer la Ligue des Champions, « je ne savais même pas que ça existait », ironise-t-elle.

« Les actrices du foot sont victimes de stéréotypes »

Quatre saisons, 97 matchs et 5 buts plus tard, Mélissa Plaza prend la route de l’Olympique Lyonnais, le Graal du championnat de France féminin. « J’ai joué pendant deux saisons là-bas mais j’ai connu beaucoup de déconvenues en raison de blessures. Je me suis blessée au genou à deux reprises et ça a été mal opéré la première fois. Et puis ça devenait compliqué de gérer ma thèse de doctorat à côté. » Car oui, la milieu de terrain de formation a obtenu un financement de thèse à Montpellier. Allier les deux devenait presque impossible à Lyon à cause de « l’intensité des entraînements ». Alors pour continuer à combiner les deux tout en restant au haut niveau, elle rejoint le club de Guingamp. Moins professionnel, moins d’entraînement, moins de contraintes. Fini les jets privés pour se déplacer. Retour à la réalité sociale. « Je travaille sur les stéréotypes sexués dans le sport. C’est en plus en lien avec le football féminin puisque je le vis au quotidien. C’est un combat de tous les jours. »

Mélissa Plaza espère soutenir sa thèse avant l’été pour devenir officiellement docteure à la rentrée. Depuis janvier, elle donne également des cours de psycho-socio à l’IUT de Saint-Brieuc. « Ça me plaît beaucoup, je n’aurais jamais pensé ça. D’ailleurs quand j’ai démarré la thèse, je n’avais pas de réelles envies. Je voulais juste me cultiver. » Partir dans l’inconnu sans garanties de résultat. Vivre sa vie et voir où cela la mènera. C’est désormais son cheval de bataille. « Le fait d’être doctorante me donne de la crédibilité dans le football professionnel et inversement. Les actrices du foot sont victimes de stéréotypes et on ne s’en rend pas bien compte. » Mélissa Plaza rêve alors d’un monde plus égalitaire « même si c’est trop utopique. Parler en clichés, c’est trop restrictif ».

« Un burn-out permanent »

Pour mener ses deux activités de front, c’est une organisation de tous les jours. Se lever tôt, travailler avant l’entraînement puis après. Travailler encore pendant les trajets en bus lors des déplacements du club. L’habitude est désormais prise et ce n’est pas toujours facile. « Mes deux grosses blessures sont dues à un burn-out permanent et je ne le nie pas. » Pour autant, elle a trouvé son équilibre et ne veut rien laisser de côté. Surtout que du football féminin, très peu de joueuses en vivent. La numéro 13 Guingampaise se fixe déjà de nouveaux horizons. « J’aimerais aller aux États-Unis faire un post-doctorat et puis le football féminin se développe là-bas. »

En attendant, celle qui a été vice-championne du monde U20 au Chili en 2008 ne ferme aucune porte à l’équipe de France même si la saison avec l’EAG est plus difficile. Aujourd’hui, Mélissa Plaza garde tout de même une certitude en tête. Sa carrière de joueuse se terminera au club de La Roche-sur-Yon. Là où elle a tout appris et à qui elle doit tout.

 

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