FESTIVAL. Un Prix Bayeux sur tous les fronts

 

Nicolas Poincaré a animé la cérémonie de remise des prix, samedi 8 octobre.

 

La 23ème édition du Prix Bayeux-Calvados des correspondants de guerre s’est achevée dimanche 9 octobre. Expositions, projections de film et conférences étaient organisées aux quatre coins de la ville normande. L’objectif est de mettre en lumière le travail des correspondants de guerre et d’alerter sur la liberté de la presse.

 

Destiné à mettre en avant le travail des correspondants de guerre, le prix Bayeux-Calvados récompense aussi les meilleurs reportages. Le jury, présidé cette année par Jean-Claude Guillebaud, a dû trancher. Samedi soir, sous le grand chapiteau, le journaliste et ancien grand reporter Nicolas Poincaré a remis les différents prix aux correspondants. Meilleur reportage photo, vidéo, radio ou de presse écrite, voilà les différentes catégories. Le public et les lycéens ont aussi participé au vote avec deux autres prix. De nombreux lycéens de Normandie ont d’ailleurs assisté  à la cérémonie. En tout, onze prix ont été distribués. La surprise de cette remise de prix c’est Yanis Behrakis, photographe Grec pour Reuteurs, qui a été récompensé pour son reportage photo “Les persécutés”, retraçant le voyage éprouvant des migrants en Grèce. Une triple consécration pour le photographe car, en plus du prix du public et du prix Nikon, il a reçu un véritable tonnerre d’applaudissements de la salle. Le public s’est même levé pour saluer son travail, il n’a pas pu s’empêcher de lâcher une larme.  Du “jamais vu” pour Simon, étudiant en journalisme et habitué du Prix Bayeux. Concernant la radio, les premiers prix ont été attribués à des journalistes étrangers et notamment à Jeremy Bowen de la BBC pour son reportage “Yémen”.

 

Les réfugiés au bord de l’Aure

Comme chaque année de nombreuses expositions et projections de film sont organisées. La plupart des expositions sont ouvertes jusqu’au 30 octobre. Les salles d’exposition sont réquisitionnées pour la période. Certaines d’entre elles sont insolites. La chapelle palatiale, à côté du musée de la célèbre tapisserie de Bayeux, abrite une exposition photos. Il s’agit de “Nota Roja”, un reportage photo du Mexicain Bernandino Hernandez sur la violence à Acapulco. La ville, très touristique, connaît une recrudescence de violence liée aux cartels et aux trafics en tout genre et de nombreux meurtres.

 

Nota Roja est à découvrir jusqu’au 30 octobre.

 

Les expositions continuent aussi à l’extérieur. Le long de l’Aure et dans les ruelles de Bayeux, des photos sont installées en grand format. Cette fois les organisateurs ont opté pour la crise migratoire en Europe. En Grèce ou sur l’île de Lampedusa, sur un bateau ou sur la route, des clichés de différents photographes sont affichés. Les réfugiés sont un thème récurrent au Prix Bayeux cette année.

 

« La guerre par le son »

La grande nouveauté de cette 23ème édition, c’est l’exposition sonore. Organisé par France Inter “la guerre par le son” est l’une des plus grosses attractions du Prix Bayeux. Et le lieu choisi pour abriter l’exposition n’est pas anodin. Il s’agit de l’hôtel du Doyen, qui abrite également un musée de l’appel du 18 juin sur la BBC. L’endroit idéal pour faire connaître la guerre à travers la radio. En s’approchant du lieu, le bruit de milliers de personnes commence à envahir le lieu. C’est à se croire au milieu d’une manifestation place Tahrir en plein centre de Bayeux. Il s’agit en réalité de l’entrée de l’exposition sonore.

 

L’exposition sonore France Inter se tient jusqu’au 30 octobre, à l’hôtel du Doyen.

 

A l’étage de l’hôtel, des rideaux ont été aménagés pour créer des ambiances sonores différentes. Et si les bruits extérieurs sont encore de trop pour les auditeurs, il est aussi possible d’écouter les reportages sur des casques. La visite propose de découvrir les conflits en Syrie, en Centrafrique ou encore de partir dans les prisons du régime de Saddam. Mais les sons de kalachnikov ne sont pas les seuls au programme. Il est aussi possible de se pencher sur la guerre par le biais des gens, avec un reportage notamment. Un soldat français souffrant de stress post traumatiques se confie sur les horreurs de la guerre et sur ses blessures psychologiques. Un choix intéressant alors que certains journalistes se tournent vers l’aspect sensationnaliste de la guerre.

 

10 ans du mémorial des reporters

Cette dernière édition est aussi marquée par de tristes anniversaires. Depuis son inauguration en 2006, 787 noms ont été inscrits sur le mémorial des reporters morts en raison de leur profession ou dans l’exercice de leur fonction. La stèle contenant les noms de 2015 a été dévoilée jeudi 6 octobre. 67 journalistes ont été tués cette année. Pour Christophe Deloire, secrétaire général de Reporters Sans Frontières (RSF), assassiner des journalistes revient à “tuer des témoins gênants et [à] créer des trous noirs de l’information”. Le président du jury du Prix souligne quant à lui une “macabre comptabilité”. Il était le premier président de RSF. C’est aussi les 10 ans de la mort d’Anna Politkovskaïa. La journaliste russe a été assassinée après avoir traité de sujets particulièrement sensibles pour le Kremlin.

Les reporters récompensés d’un prix cette année risquent, eux aussi, leur vie pour exercer leur métier et nous décrire la guerre.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée.