Migrants. La mutualisation des centres d’hébergement déstabilise

Les 40 migrants encore présents sur les communes de Trégastel et Trébeurden ont été rassemblés dans un seul centre d’accueil : la CCAS (caisse centrale d’activité sociale) de Trébeurden.

 

La mutualisation des deux centres d’accueil ne s’est pas faite sans accroches. Le groupe de trente migrants, de Trégastel, a été transféré vers Trébeurden, le 6 janvier dernier. Le manque d’autonomie induit par ce nouvel environnement est déploré par les nouveaux arrivants et par de nombreux bénévoles du collectif des « Gens Heureux », de Trébeurden.

Migrants et administration : les démarches en cours

Ces groupes d’hommes d’origines afghane et soudanaise sont arrivés courant octobre. Au nombre de cinquante-neuf à leur arrivée, ils ne sont plus que quarante aujourd’hui. Quinze d’entre eux sont désormais hébergés dans des centres d’accueil de demandeurs d’asile (CADA) à Rennes, Lorient et Brest. À ce jour, seulement sept ont obtenu le statut de « réfugié ». Les migrants restés au centre ne peuvent pas bénéficier de ce titre car ils sont toujours sous procédure « Dublin II ».

Ce texte décrète que les immigrés doivent effectuer leur demande d’asile dans premier le pays européen où ils entrent. Lors du démantèlement de la jungle de Calais, Bernard Cazeneuve avait affirmé que cette loi n’aurait plus besoin d’être appliquée. Le « dédublinage » des migrants est en cours, mais il peut prendre plusieurs mois.

Une adaptation difficile pour les arrivants « trégastellois »

À Trégastel, les occupants étaient logés dans des bungalows. Ces hébergements leur permettaient un mode de vie confortable et autonome. Ihsannllah, un jeune homme afghan qui a vécu la mutualisation, exprime sa préférence pour son ancien logement. Il avait la possibilité d’inviter des amis, de choisir l’heure des repas et de sortir à sa guise. Tout autant de libertés qui lui manquent dans ce nouveau lieu de vie.

La bénévole Chantal Lemoine décrit le site de Trébeurden comme « une vraie caserne » avec des horaires imposés et un manque de liberté. Elle regrette la permanence de Trégastel qui fonctionnait très bien, et notamment grâce à la wifi qui n’était utilisable que dans la salle commune. La bonne ambiance et l’animation qui y régnaient explique en grande partie les difficultés d’adaptation des nouveaux arrivants.

Le Trégor, un agréable lieu de vie

Malgré cela, les membres du collectif tentent d’instaurer un cadre chaleureux afin de faciliter l’intégration des nouveaux trégorrois. Un apprentissage du français, des activités, et des moments de partages aident à l’insertion et la socialisation. Ihsannllah raconte : « Je lui donne de la musique afghane et elle française », en parlant d’une bénévole avec qui il passe du temps. Dans une ouverture à la culture bretonne, de nombreux migrants participent à des fest-noz. Presque toutes les semaines pour certains. La plupart d’entre eux expriment leur volonté de s’installer sur du long terme en Bretagne.

Une centralisation qui divise

La décision de mutualiser les deux centres a été prise par la préfecture des Côtes-d’Armor sans consultation des occupants. Frédéric Maignan, chargé de communication du Préfet des Côtes-d’Armor, explique cette situation par la réouverture prochaine du village vacances qui accueillait les migrants à Trégastel. Il précise que l’hébergement sur ces sites ne devait être que temporaire. Il décrit cette décision comme une « histoire calendaire » .

Chantal Lemoine critique amèrement ce choix qu’elle perçoit comme une volonté de réduire l’autonomie des migrants. Elle note également que les demandes d’asile ne sont pas prises en charge par le CADA de Lannion, mais systématiquement redirigées vers d’autres centres. Pourtant, d’autres demandes en provenance de Lorient sont traitées dans le Trégor. Elle juge regrettable cette incohérence géographique qui perturbe l’épanouissement des migrants. La Préfecture invoque un choix au cas par cas qui dépend de la situation initiale du demandeur (Dublin II ou III, pays d’arrivée, etc.). La préfecture déclare qu’il lui serait plus favorable de traiter les demandes d’asile au plus près de l’hébergement, sachant qu’elle prend en charge les coûts de déplacement.

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