Dominique Rouillard, courageux jusqu’au bout de l’épée

 

Dominique Rouillard, à gauche, avec Bernard Martin, autre vétéran du club lannionnais. (Photo Ouest-France Lannion)

Quand un homme de soixante-quatorze ans vous donne rendez-vous pour discuter, difficile à croire que c’est pendant un entraînement d’escrime. C’est pourtant bien à l’ASPTT Lannion que Dominique Rouillard, escrimeur vétéran, a accepté de nous recevoir.

 

Assis au fond de la salle, Dominique s’apprête à confier son histoire. Et cela sans perdre une miette de l’entraînement, tout en serrant les nombreuses mains qui défilent devant lui. Dominique inspire le respect au sein du club.

On pourrait penser que Dominique a baigné dans l’escrime dès son plus jeune âge. C’est pourtant le contraire. Il découvre l’escrime avec des amis à l’université. Il a alors 19 ans. Mais le choix de ce sport ne semble pas s’avérer être un pur hasard. Attiré par des sports de rigueur et de réflexion, Dominique pratiquait auparavant la cavalerie. Il retrouve ainsi, au sein de cette discipline, l’acquisition de compétences techniques et la maîtrise de soi.

Après des premiers pas à Tours, l’escrimeur continue de s’enrichir en rencontrant un bon nombre  de maîtres d’armes, surtout dans les salles parisiennes. En parallèle, Dominique continue ses études et obtient un doctorat en sciences économiques. Il n’a jamais voulu devenir escrimeur professionnel. Mais durant ses belles années, avec l’aide d’amis escrimeurs, il créer une salle à Paris, où il anime des cours et préside la salle. « Combiner vie professionnelle et vie sportive n’a jamais été un problème », explique-t-il, le regard rivé sur deux jeunes épéistes. Il évoque à plusieurs reprises le cas de Jean-François Lamour, homme politique et grand escrimeur.

Une soif de compétition

Pour ce grand passionné, il est impensable de parler d’escrime sans évoquer les compétitions. Tout d’abord par la forme même de la discipline qui consiste à affronter en duel un adversaire. La pratique de l’escrime lui a permis de développer un esprit de compétition hors-pair, le faisant accéder à des compétitions de renommée internationale.

Mais comment parler d’escrime sans parler d’armes ? « Ce sport se pratique à travers l’utilisation de trois armes, explique Dominique. Le fleuret et le sabre, que je juge comme armes conventionnelles, se pratiquent en début de cursus. L’épée est l’arme que j’utilise. Il s’agit d’une arme de spécialisation. »

La carrière de Dominique atteint un niveau intéressant lorsqu’il se rapproche des catégories regroupant les sportifs les plus âgés. En 1999, il obtient la médaille de bronze au championnat de France. Elle lui permettra de concourir au championnat du monde en Hongrie dans la catégorie des plus de cinquante ans. Malheureusement, en 2007, de terribles problèmes de santés obligent Dominique à s’éloigner des salles d’escrime. « C’est un coup dur », lance tristement le passionné.

Un combat avec la santé

Il lui faudra alors trois ans pour reprendre courageusement l’escrime, malgré une santé encore très fragile et des médecins réticents. Il en aurait fallu bien plus pour désarmer Dominique. « La meilleure des victoires, c’est de ne jamais renoncer », répond-il, comme un conseil à tous les escimeurs et aux autres sportifs qui nous entourent. En 2013, il réussit à se qualifier une nouvelle fois au championnat du monde en Bulgarie. Le palmarès parle de lui même. Dominique termine 22ème mondial dans la catégorie des plus de 70 ans. Le club lannionais est fier et peut l’être. Il est le seul club à avoir fait concourir deux de ses escrimeurs au championnat du monde.

La légende locale

Avec ses 55 ans d’expérience, Dominique est aujourd’hui le doyen de toutes les compétitions. Ce qui ne l’empêche pas d’afficher une énergie remarquable et un plaisir certain à pratiquer sa passion. Il se retrouve toujours dans les premiers tiers des classements, même lorsqu’il décide d’affronter les plus jeunes du club, qui adorent affronter la légende locale.

Deux jours après notre rencontre avec Dominique, l’escrimeur se rendait, comme plusieurs fois par an, au circuit national. Il s’agit d’une compétition sur deux jours regroupant environ 300 tireurs.  « Il y a un niveau plutôt intéressant », décrit le vétéran. Entreprendre toutes ces déplacements lui demande de l’investissement. Mais sa famille, et notamment sa femme, également escrimeuse, le soutiennent.

Avant de quitter ce personnage au courage exemplaire et au sourire communicatif, Jean-Louis Le Gros, président du club Lannionais ajoute, ému : « Vous n’imaginez même pas à quel point Dominique est un homme courageux. »

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