Législatives. A Morlaix, Maël de Calan prône un rapprochement vers Emmanuel Macron

Écrit par Pierre Lepelletier

Investi par Les Républicains sur la 4ème circonscription du Finistère, Maël de Calan, 37 ans et fidèle juppéiste, se dit « prêt à saisir la main tendue » d’Emmanuel Macron à la droite. 

A Locquirec hier soir, Maël de Calan s’est exprimé sur sa vision de la futur politique

Il n’a pas fait le choix de la facilité. « Les Républicains me proposaient d’être candidat à Dourdan dans l’Essonne, dans une circonscription jugée gagnable pour la droite. J’ai refusé. Pour moi, c’était le Finistère, d’où je suis originaire, ou rien », raconte-t-il. Plutôt qu’un parachutage politique, Maël de Calan a donc préféré aller au charbon en se présentant candidat pour les élections législatives dans la 4è circonscription du Finistère (canton de Morlaix), une terre ancrée à gauche depuis plus de 35 ans.

Conscient de la sociologie politique du territoire, l’homme de droite sait qu’il part en ballotage largement défavorable. « Ici, on est à gauche depuis tellement longtemps que ça devient une habitude pour les gens », déplore-t-il amer. En se battant pour inverser la tendance, Maël de Calan veut surtout faire de sa première campagne électorale un tout premier défi politique, lui qui, à 37 ans est perçu comme un futur poids lourd chez les Républicains.

Convaincu de son potentiel, Alain Juppé l’avait d’ailleurs rapidement pris sous son aile lors de la campagne pour la primaire de la droite fin 2016 le désignant comme porte-parole et conseiller économique. Un baptême du feu pour le breton qui s’était retrouvé sous les projecteurs de la capitale. En coulisses, il se dit d’ailleurs que c’est encore une fois l’influence du maire de Bordeaux qui aurait permis à son poulain d’être candidat pour Les Républicains sur la circonscription à défaut de la sarkozyste et maire de Morlaix, Agnès Le Brun.

Dès lors, lancé dans la bataille, le jeune juppéiste carbure au volant de sa voiture, parcourant la circonscription de long en large. « C’est une campagne à la Chirac », glisse-t-il au passage. Ce mardi soir, c’était à Locquirec (29), petite commune maritime d’à peine plus de 1.300 âmes, qu’il a fait halte pour défendre sa candidature devant un peu plus de 60 personnes pendant près de deux heures.« Ca ne se jouera à rien, j’ai vraiment besoin de vous », se plait-il à répéter à ses soutiens.

« Nous devons saisir la main qu’il nous a tendu »

 

Déroulant son programme et s’appliquant à répondre aux questions d’un public résolument bavard, Maël de Calan a rapidement embrayé sur Emmanuel Macron. Loin d’être hostile à son élection à la présidence, le candidat pense même qu’un terrain d’entente est possible entre le chef de l’Etat et la droite.« On a vu qu’il avait nommé un Premier ministre de droite, c’est un signe. Je pense que nous devons saisir la main qu’il nous a tendu. Nous sommes d’accord sur un certain nombre de sujets. Il faut arrêter avec le comportement moutonnier des partis et faire jouer notre esprit critique », exhale le trentenaire les poings serrés. Maël de Calan est persuadé que l’avenir lui donnera raison: « J’ai la conviction que Macron n’aura pas la majorité et qu’un accord de gouvernement sera conclu avec les Républicains le 19 juin, au lendemain des législatives. Macron ne pourra pas le faire avec la gauche car elle n’acceptera jamais ses réformes économiques. » 

Prônant une ouverture vers le président de la République de deux ans son aîné, le poulain de Juppé endosse, avec certes quelques autres, une figure de rebelle chez les Républicains majoritairement hostiles à se rapprocher d’Emmanuel Macron. Qu’importe, le breton assume et ne craint pas les représailles des siens. « Je n’ai pas peur de ce qu’il se dit à Paris. Et puis, je suis un peu protégé par Juppé, ça aide aussi », reconnaît-il volontiers. « Si l’on gagne, je ne veux pas qu’on reproduise ce que Jospin a fait à Chirac », averti le candidat. D’ailleurs, ce dernier prévient : s’il est nommé premier ministre, François Baroin « n’aura aucun impact » sur ses décisions. Le chef de fil de la droite pour les législatives appréciera.

« On nous a proposé l’investiture En Marche, nous l’avons refusée »

 

Même s’il affirme partager de nombreux points communs avec Emmanuel Macron, Maël de Calan n’a pas souhaité rejoindre l’aventure En Marche. « On nous a proposé l’investiture, nous l’avons refusée car nous savons d’où nous venons. Nous venons de la droite d’Alain Juppé », rappelle-t-il faisant encore une fois référence à son modèle. Les poids lourds de la droite Edouard Philippe, Bruno Le Maire ou encore Gérald Darmanin entrés au gouvernement auraient donc renié leurs origines ? « C’est leurs choix. Personnellement je considère que c’est prématuré, que ça arrive un mois trop tôt. Ils auraient dû attendre la fin des législatives, ne serait-ce que pour avoir un contrat de gouvernement », nous confie le candidat.

Résultat des courses, Maël de Calan devra donc affronter une candidate En Marche sur sa circonscription, là où Emmanuel Macron a recueilli plus de 25% des suffrages lors du premier tour de l’élection présidentielle. Alors, pour lutter contre « le vent de face porté par la Macron-Mania », le candidat de la droite a trouvé son angle de tir. Celui-ci se décline en un objectif : décrédibiliser la candidate En Marche Sandrine Le Feur, jeune agricultrice de 26 ans et novice en politique. « Elle a un tas de qualités mais elle n’a aucune influence à Paris. Et puis, elle n’a pas de programme. A votre avis, pourquoi ne fait-elle pas de réunions publiques? A chaque fois qu’elle parle, elle perd des voix. » Ambiance…

Pour aller décrocher la victoire, le breton n’a pas manqué de prendre son téléphone pour passer un coup de fil à son « mentor » Alain Juppé. « Je lui ai dit qu’il fallait qu’il vienne. J’ai besoin de lui ». Message reçu cinq sur cinq : le candidat malheureux à la primaire de la droite quittera sa mairie de Bordeaux pour se rendre à Morlaix le 30 mai prochain pour une grande réunion publique.

 

Écrit par Pierre Lepelletier
Etudiant en journalisme à l'IUT de Lannion et directrice de la publication de Report Ouest pour l'année 2017-2018

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