Les Vieilles mettent la Charrue avant les boeufs

De jeudi à dimanche s’est déroulée la 26ème édition des Vieilles Charrues. Avec 280 000 entrées sur les 4 jours, le plus grand festival de France a encore une fois atteint des records d’affluence. Complet 2 mois avant le début des festivités, cette édition 2017 a mis la barre très haute avec une affiche fabuleuse au rendez-vous et une organisation repensée, qui elle n’a que trop rarement fait l’unanimité.

DJ Snake @Baptiste Pinard

Une organisation laborieuse

Le pari était risqué pour le festival Carhaisien. Le système d’entrée ayant été remodelé pour faciliter les accès au camping et au site, les premières plaintes ne furent pas longues à se faire entendre. Initialement prévue pour fluidifier les allers et retours et raccourcir le temps d’attente, l’entrée camping a mal calculé ses plans. Plus de 1h30 voire 2h d’attente dans une foule serrée en entonnoir, des bénévoles trop peu nombreux, dépassés par les événements, une sécurité parfois laxiste ou distraite…

En ville, les plaintes font échos à celles de l’entrée camping. Les bénévoles sont apparemment très peu au courant des voies à emprunter quand il s’agit de festivaliers aux régimes spéciaux (bénévoles, VIP, invités, presse…). Beaucoup de nouveaux arrivants et même de riverains sont déboussolés par la nouvelle organisation, et se plaignent également de l’agressivité et la tension latente de la part des agents de sécurité, qualifiés par certains de « Cow-boys ». L’absence de marché et de vendeurs ambulants a également surpris, retirant un certain charme à l’habituel chemin festif vers l’entrée du site, laissant place à des routes quasi désertes.

Sur le site, de nombreuses nouveautés rééquilibrent la balance, comme la création du Park du Château, lieu non exploité jusqu’à cette année, où l’on trouve des stands de restauration, d’information, de détente ainsi qu’un fond musical sur le thème Hippie Seventies de cette année. Parmi ces nouveautés, le village du camping a vu également son terrain s’agrandir et s’aérer pour laisser place à des terrains de volley et des étendues d’herbe agréables, bien qu’un peu vides.

Un Line-Up prestigieux et varié

Malgré quelques mauvaises impressions d’entrée de jeu pour beaucoup de festivaliers, le festival breton a sorti l’artillerie lourde côté artistes, et ce dès le jeudi soir. L’éternel Manu Chao a rayonné de sa joie de vivre et de sa grinta sur la scène Glenmor, devant une armada de fans de tous âges. Par la suite, le rap planant et sombre de PNL a prouvé qu’il pouvait enflammer un public grâce à un show solide et impressionnant visuellement. Pour finir ce jeudi en beauté, Justice régale la foule. Absent depuis 5 ans des scènes françaises, le duo d’électro nantais signe un retour magistral et bluffant d’un point de vue mélodique et visuel. Mêlant anciens morceaux emblématiques et pépites de son dernier album Woman, Justice n’a pas pris une ride.

En ce vendredi 14 juillet, le camping accueille une autre vague considérable de festivaliers, prêts à en découdre, alors qu’on aperçoit quelques épaves parmi ceux déjà sur place. Le spectacle est assuré dès 17h par Dropkick Murphys, groupe américain de Punk Celtique. Sous une chaleur étouffante, les pogos et la bière sont au rendez-vous. Sur la scène Grall, l’espoir du rap français Georgio délivre un show de haute voltige. Accompagné du guitariste Waxx, devenu célèbre grâce à des covers sur sa chaîne youtube, le rap percutant et torturé du jeune parisien a fait mouche.

S’ensuit sur la scène principale le concert de Renaud. Très vite pris de fatigue, l’éternel symbole de la lutte ouvrière et de l’anticonformisme rebelle donne parfois des sueurs froides au public tant il semble être sur le point de s’écrouler. Sauvé par ses musiciens, il termine son concert avec les honneurs, et émeut la foule lors de son interprétation de Mistral Gagnant, pendant qu’un tout autre registre se prépare juste en face, sur la scène Kerouac avec le live de MHD. Le roi de l’afrotrap livre une prestation plus qu’honorable et entraîne le public dans un concours de Dab géant fort sympathique. En début de soirée, le plus américain des groupes français, Phoenix, séduit grâce à ses sonorités indie rock inimitables qui le caractérisent.

En territoire déjà conquis depuis son concert époustouflant à la dernière Fête du Bruit de Landerneau, Die Antwoord a encore une fois décoiffé la Bretagne. Le duo Sud-Africain a retourné le public avec ses classiques Baby’s on Fire et Banana Brain. Au même moment sur la scène Grall, c’était le DJ français Vitalic qui a ambiancé les festivaliers jusqu’à 3h du matin. Ses mélodies hypnotiques accompagnées d’un jeu de scène et lumière somptueux ont attiré et émerveillé les foules avant la fermeture du site.

La température monte

Le samedi démarre sous de grosse chaleurs. Les campeurs (pour ceux qui dorment) émergent rapidement de leurs tentes, devenues de véritables fours et prennent leurs disposition pour se rafraîchir. En ville, les terrasses des bars sont bondées. On chante, danse, certains font la sieste devant un pastis à peine entamé. Tout comme le soleil, l’ambiance est au rendez-vous. Les gendarmes ont des supporters partout, on les acclame en chantant « Allez les bleus ! » à chacun de leurs passage. Ravis, ils se prennent très vite au jeu. Sur le camping, le soleil plombant n’arrête personne. L’ambiance est très festive, deux hommes fêtent leur cérémonie de mariage sur le camping 11, juste avant que les concerts ne reprennent.

A 17h45, sur Kerouac, c’est les Naïve New Beaters qui mettent le feu au festival avec leur hybride pop rock rap déjanté et dansant. Puis c’est au tour des Anglais de Royal Blood de bluffer les festivaliers. Sur Glenmor, le duo basse/batterie ouvre superbement la soirée grâce à un rock saturé et nerveux et démontre avec brio que l’on peut faire du Rock & Roll avec une basse branchée sur un ampli guitare sans rien avoir à envier à n’importe quelle formation classique. Le festival continue à mettre le rap à l’honneur, avec le passage remarqué de Kery James, qui a littéralement retourné le public de Kerouac, provoquant des pogos rythmés par le rap conscient du natif de Guadeloupe, ardemment et farouchement engagé dans les enjeux actuels de liberté et de fraternité. Puis vient l’immense spectacle des canadiens de Arcade Fire sur la scène Glenmor. Leur pop rock léché et soigné ont fait vibrer de bonheur et de bonnes ondes les connaisseurs et néophytes, tous conquis. Everything Now, le titre phare de leur nouvel album donne le ton dès le début : Un son presque symphonique berce et hypnotise les foules. Alternant ballades émouvantes avec The Suburbs ou rock plus nerveux et frénétique comme dans Ready to start, le groupe canadien capte la foule avec talent et délivre à son tour un message engagé de vivre ensemble et de besoin de réaction face aux enjeux sociaux et environnementaux. Sur Kerouac s’ensuit le show lamentable de la rappeuse britannique M.I.A : concert bâclé en 40 minutes, problèmes de son, rythme lent, absence de communication avec le public… Le public est unanime et se dirige rapidement vers Grall et Glenmor pour attendre les sets respectifs de Comah, et Jean-Michel Jarre, auteur d’un live laborieux et dépassé.

Royal Blood @Baptiste Pinard

Arrive le dernier jour des festivités. Le matin, les yeux commencent à piquer, et le ciel n’a pas fière allure. Pour un temps seulement, car quand le beau temps revient, la foire aussi. Se rappelant qu’ils ne disposaient plus que d’un jour pour se déchaîner, les campeurs en ont profité. En début d’après-midi, c’est La Femme qui ouvre le bal. Sur Kerouac, le son électro-rock et New Wave mélancolique du groupe Français n’a plus à faire ses preuves : et le public, complètement acquis à sa cause, danse au rythme de Où va le monde et Sur la planche. Peu après, sur Glenmor, le vieux roublard déjanté Seasick Steve déroule son country blues sur sa fidèle guitare à 3 cordes faiseuse de miracles. Plus tard, sur la même scène, c’est le groupe de rock Matmatah, enfants du pays et attendus avec impatience par le public, qui ouvre la soirée. Jouant à domicile dans leur festival fétiche, les Brestois n’ont pas déçu et signent un retour réussi à l’image de leur nouvel album Marée Haute.

C’est au tour de Macklemore et Ryan Lewis, les têtes d’affiche de la soirée, d’ambiancer le public de Carhaix. Disposant d’une grande notoriété en France, leur show est solide et lance la nuit sur de bonnes vibrations. Sur Kerouac, les nostalgiques des années 80 apprécient le passage du groupe de Post Punk alternatif Australien Midnight Oil. Puis c’est DJ Snake et Acid Arab qui clôturent le festival. Le premier enchaîne ses grands succès internationaux devant une foule en délire pendant que le trio d’Acid Arab hypnotise le public à l’aide de son set électro mélodique aux couleurs orientales.

Dropkick Murphys @Baptiste Pinard

Un bilan mitigé

Le festival emblématique du centre-bretagne réalise encore une fois une édition globalement très réussie. Intouchable et enraciné à jamais dans la culture bretonne, il est difficile de ne pas fermer les yeux sur les bémols et incohérences du festival. Ils sont pourtant nombreux : organisation laxiste et décousue, communication parfois compliquée, manque de personnel, interdictions de certains objets pour des raisons obscures, problèmes de son… Sans inquiétudes particulières à avoir étant donné le poids économique local et régional de l’événement, certains détails mériteraient une attention plus pointue. L’affiche, exceptionnelle cette année, n’a pas déçu dans l’ensemble, les Vieilles Charrues écrasent la concurrence et n’ont pas fini de battre des records.

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