Hervé Le Merrer : 20 ans pour penser son rêve de godille 

Les traits marqué par l’air marin, Hervé Le Merrer semble ambitieux. Dans un mois, le skipper entamera sa vingt-deuxième traversée de l’Atlantique. Une première fois en godille. Un rêve pour le navigateur.

 

Hervé Le Merrer travaille le plus souvent possible dans son atelier. @Olympia Roumier

 

 

Les volets bleu clair de la bâtisse éclaircissent cette journée d’automne. Au milieu des huit hectares dédiés aux chevaux de sa compagne, Hervé Le Merrer continue de travailler sur son embarcation. Niché dans une ancienne ferme de la campagne bretonne, le cinquantenaire rêve encore et toujours de cette traversée. À l’intérieur de la grange, transformée en atelier géant, les poutres dominent les outils récents. Le navigateur aime remettre la tradition au goût du jour. Faire une traversée de l’Atlantique en godille serait une première dans le monde entier. Un moyen pour ce fanatique de faire connaître cette traditionnelle rame bretonne de quatre mètres. À côté de celle-ci, l’homme paraît bien petit. Mais, la godille ne sera pas si traditionnelle, « évidemment, je suis pour la classique godille en bois, mais pour ce que je veux faire aujourd’hui, les composites c’est beaucoup mieux. Elle sera plus légère pour l’embarcation ». Le départ est prévu le 20 novembre et tout n’est pas fini. Le temps presse mais la météo humide empêche certains travaux, comme la peinture. Pour le soutenir, la radio ne s’arrête jamais, tout comme son bras ne cesse d’améliorer et de travailler sa godille dès qu’il le peut.

« J’ai godillé, ça m’a calmé et j’ai découvert la faune »

À l’intérieur de la ferme bretonne, la décoration invite au voyage. Les affiches de godille, de voile, ou encore les multiples objets venus d’Afrique entourent le navigateur. En face d’une ancienne cheminée, deux fauteuils en cuir marron. Sur la table, un Opinel et des miettes de pain trahissent un repas pris rapidement entre deux bricolages sur la godille. Une seule chose lui permet de rester motivé : sa passion du sport. Pour lui, c’est sûr, la godille devrait être reconnue comme une pratique sportive et avoir une fédération. Les veines qui ressortent de ses bras dévoilent un entraînement physique régulier : « Le travail symétrique du corps se révèle très bon, je fais huit heures de godille par jour ». Au championnat du monde de godille, seul le sprint est proposé. Hervé Le Merrer a fini parmi les quinze premiers. Mais pour lui, ce n’est pas ce qui devrait représenter ce sport. Les poings fermes, le regard sérieux, il prône le mouvement en huit et la lenteur. « Je ne suis pas un grand solitaire, mais aller doucement dans l’eau j’adore ! La godille, c’est merveilleux parce que ça offre un mouvement spécial. En 1997, pendant la Mini-Transatlantique, j’ai compris l’importance de la lenteur. J’étais sans vent pendant dix jours. J’ai godillé, ça m’a calmé et j’ai découvert la faune. » T-shirt à l’effigie de son projet, il est fier de mettre en valeur ce sport, à sa manière. Le nom qu’il a donné à son embarcation montre bien son intention, Eizh an Eizh, signifie « huit à huit » en breton, une référence au mouvement de la godille dans l’eau.

Un voyage pas si solitaire 

Claire, sa compagne, sait qu’il ne faut pas s’inquiéter. Elle profite même d’une tasse de thé pour continuer à parler du projet avec lui : « J’ai confiance en lui, en ses capacités. Je sais qu’il a pensé tout son voyage, il ne laissera rien de côté ». Bien que le skipper semble confiant pour la traversée, il cherche quand même de la compagnie pour les premiers jours de traversée. Au départ des Canaries, le rameur Xavier Fabre sera à ses côtés pour les premières 24h. « Le départ, c’est le plus difficile. Après la première semaine, on est dans notre bulle. À ce moment-là, on pourra se quitter », atteste Hervé Le Merrer, d’un air assuré. Le départ semble être aussi le moment le plus compliqué pour sa famille. Hervé le sait. Les yeux à terre, il joue avec ses mains pour éviter de croiser le regard de « sa chérie ». « Je sais qu’elle va verser quelques larmes au moment du départ mais ma fille, elle, est encore trop petite pour réaliser », affirme le voyageurMême si le marin se retrouvera seul pendant 50 jours en mer, il ne sera pas totalement coupé du monde, « Aujourd’hui, le solitaire n’existe plus. Dans mon embarcation, j’aurai accès au mail, donc je serai toujours rattaché à la terre ».

« C’est très physique, je devrais y faire attention »

Après plusieurs demandes, les sponsors sont trop peu nombreux. La campagne de financement participatif finit dans trois jours et n’a pas atteint les 8 000 euros demandés. Le voyage risque d’être compliqué même si, comme le skipper l’affirme, « le stress est nécessaire, c’est ça qui me permet de tout préparer correctement ». Mais, face à un manque d’enthousiasme pour son rêve, le navigateur reste amer. « Aujourd’hui, les entreprises sont peureuses. Ce rejet m’a vraiment déçu… Mais maintenant, je sais qui m’a aidé ». Le passionné sait qu’il partira, quitte à faire des économies sur le confort. Mais au fil de ses paroles, le skipper semble avoir des prises de conscience : « J’ai tendance à mettre moins d’argent dans les vivres mais la godille c’est très physique, je devrais y faire attention ». À un mois du départ, le navigateur n’appréhende pas la traversée mais les problèmes techniques, eux, sont toujours là.

 

Sûr de lui, le skipper restera accroché à son projet. Son objectif est de développer la godille sur tout le territoire français. En attendant qu’une fédération se crée, il fait tout pour que son entourage s’y mette. Pendant les vacances, le couple en profite pour faire une balade en godille tous ensemble. Il est fier de le dire, sa fille unique n’a que sept ans et pourtant elle est déjà très douée pour la rame bretonne.

 

Etudiant en journalisme à l'IUT de Lannion et directrice de la publication de Report Ouest pour l'année 2017-2018

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