Le port de Ouistreham

Au début, seul le bruit des gamelles en métal et des assiettes posées sur la table de camping se mêlent aux paroles des bénévoles du CAMO (Collectif d’Aide aux Migrants de Ouistreham) dans la ville portuaire Normande. Puis, petit à petit, des hommes arrivent. Grands, petits, avec ou sans capuche, et l’œil plus ou moins vidé d’énergie. Tous ont un point commun : ce sont des jeunes, en majorité Soudanais, à la recherche d’un passage vers l’Angleterre.

Un groupe de jeunes Soudanais mangent leur repas face a un ferry @Patrick Henry 

Leurs regards me toisent, tantôt teintés de méfiance, tantôt curieux de savoir ce que je fais ici. Mon appareil photo effraie. On me fait des signes, je vais à leur rencontre. En engageant la conversation, je découvre des hommes qui tentent de s’accommoder à des pays qui ne veulent pas d’eux. Ils ne sont pas dépourvus d’espoir, acceptent le sort qui leur est attribué non par choix mais par résignation, et tentent de passer le temps comme ils le peuvent, lorsqu’ils ne courent pas derrière les camions. Ils sont modestes, ne se plaignent que très peu des conditions de vie que leur offre la France. Pourtant, les marques d’hostilités à leur encontre ne manque pas à Ouistreham. Alors que le maire Les Républicains de la ville, Romain Bail, refuse catégoriquement d’ouvrir une salle pour que ces jeunes migrants ne dorment pas dehors, la police est filmée en train d’éteindre un feu que ces jeunes avaient fait pour se protéger du froid.

Une politique rigide menée par le maire de la ville

Lorsqu’on l’interroge sur le sujet, le maire de Ouistreham est catégorique : « Sous mon mandat, il n’y aura aucun local mis à leur disposition » déclare-t-il à Ouest-France début février. Cela peut expliquer les moyens de pression mis en place dans la ville pour tenter de dissuader ces hommes de rester. Même les toilettes publics avaient été fermé un temps avant de rouvrir peu après. « Si on ouvre un local pour les héberger, c’est l’engrenage de l’appel d’air. » Pour lui, aider les migrants en inciterait bien d’autres à venir. Le maire insiste, il ne veut pas que Ouistreham devienne le « nouveau Calais ».

Malgré tout, l’espoir subsiste

Un jeune prend délicatement un gâteau fait par un des bénévoles de la CAMO @Chloé Henry 

Actuellement, il y aurait entre 100 et 150 migrants dans la ville portuaire. En effet, malgré ces mesures, le CAMO continue d’apporter de la nourriture à ces jeunes hommes plusieurs fois par semaine. C’est alors que les bruits des gamelles se cognent au mélange des langues. On entend du français, de l’arabe, ou bien de l’anglais. Les rires fusent, ce moment de détente est apprécié par tous, qu’importe l’origine de naissance. « Elle a le sourire, c’est parce qu’on pense qu’un de ses gamins est passé cette nuit. » m’explique une dame rousse en me parlant d’une de ses amies. En effet, il semblerait qu’un des jeunes ait réussi à passer aujourd’hui, une femme qui le logeait ne l’a pas revu ce matin. « Normalement il part vers 3h puis revient aux alentours de  7h. Mais ce matin il n’était pas là. » explique t-elle, de l’émotion dans la voix et le sourire au lèvre. Lorsqu’ils arrivent à Ouistreham, ces jeunes migrants mettent en moyenne 4 mois avant d’atteindre les côtes Anglaises, pour les plus chanceux.

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