Sur scène, Suuns se révèle et réveille le public

Dans le cadre des sessions de la route du rock, festival auquel le groupe montréalais doit beaucoup, Suuns s’est produit ce mardi à la Nouvelle Vague de Saint-Malo. Retour sur un concert exceptionnel, en petit comité.

Suuns s’est produit devant l’affiche de ce qui semble être un tableau, rappelant l’histoire de Narcisse. @Briac Julliand

C’est une caractéristique du groupe, qui marque toujours plus à chaque performance live. Suuns, aux morceaux déjà complexes et introspectifs, se dévoile et ajoute une nouvelle dimension à sa musique, qui devient plus sombre et entêtante. Leur passage ce mardi à la Nouvelle Vague, dans le cadre des sessions de la route du rock, n’a pas échappé à la règle.

Pour cause, Chloé a ouvert la soirée avec brio, avec un set minimaliste et sombre, flirtant aussi bien avec les registres de l’Ambient que de l’Industrielle. Devant une salle alors presque vide, cette icône de la scène techno française a enchaîné les titres aux multiples influences, des expérimentations du premier album de Nicolas Jaar, pour débuter le concert, aux mélodies faussement simplistes de Kelly Lee Owens. Avec des transitions à toute épreuve et un chant presque mystique, l’ambiance était posée et le terrain préparé pour la performance de Suuns.

La DJ Chloé a ouvert la soirée avec un set aussi électrique que réussi. @Briac Julliand

Les montréalais jouaient ce soir Felt, leur nouvel album paru début mars. Plus mental, moins mainstream que le reste de leur discographie, la défense du disque ne s’annonçait pas aisée pour un groupe aux productions habituellement poisseuses et claustrophobes, parfois même violentes. Pourtant, les morceaux déconstruits de Felt se dévoilent sur scène et alimentent un live déjà parfaitement mesuré. Les titres X-Alt et Baseline prennent d’ailleurs tout leur sens en ouvrant le concert, laissant ensuite place à l’anxiogène Powers Of Ten.

Max Henry, aux claviers, apporte à la performance une nuance singulière, presque timide, en adéquation parfaite avec les percussions. @Briac Julliand

Chacun à sa manière, les membre du groupe jouent avec les sonorités et prennent des libertés, par rapport aux versions studios des morceaux joués. Le guitariste Ben Shemie maltraite sa guitare, prend un malin plaisir à étourdir le public avec ses notes stridentes, tandis que Joseph Yarmush, leader de la formation, fait preuve d’une maîtrise absolue de son instrument, magnant avec une arrogante habileté le bottleneck. Derrière un rideau de cheveux, celui-ci fait honneur au Shoegaze, les yeux rivés sur sa guitare une bonne partie du concert. Pourtant, les Montréalais côtoient par moment des styles plus proches du Drone ou du Noise.

Ben Shemie prend un malin plaisir à faire saturer sa guitare tout au long du concert. @Briac Julliand

Joseph Yarmush, guitariste et leader de la formation, préfère s’appliquer plutôt que de communiquer avec le public. @Briac Julliand

Finalement, le groupe n’a aucune difficulté à interpréter Felt sur scène. En s’appuyant sur une déjà solide discographie, Suuns convainc en seulement quelques titres, et passe le reste du concert à cultiver une ambiance angoissante dont eux-seuls ont le secret, qui force l’introspection. Comme un exutoire, aussi bien pour le public que pour les musiciens, la musique occupe tout l’espace mental, le temps du concert. À écouter encore et encore, le plus fort possible.

Ben Shemie à l’aise avec le micro, également impeccable au chant. @Briac Julliand

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