Notre-Dame-Des-Landes : le combat continue

50 ans après la naissance du projet d’aéroport à Notre-Dame-Des-Landes, les militants de la ZAD ont obtenu gain de cause : l’abandon de la construction. Désormais, ils sont confrontés à de nouvelles problématiques et ne comptent pas quitter les lieux.

Trois lettres, une bombe de peinture rouge, une planche de bois. « ZAD ». Un homme nous accueille à l’entrée du parking. Le rendez-vous est fixé au hangar de « Bellevue » pour manger un morceau. A Notre-Dame-Des-Landes, la vie est collective, les prix sont libres et les sourires nombreux sous le soleil de ce samedi 29 septembre. Un homme promène une chèvre en laisse. Les assiettes sont servies unes par unes par des volontaires, les produits sont biologiques, végétariens et locaux. Après le repas, chacun passe aux grands bacs à vaisselle. Ces terres communes existent depuis plus de 50 ans, symboles de luttes intenses contre la construction d’un aéroport. Aujourd’hui, la Zone à Défendre ouvre ses portes. Une femme grimpe sur un épais rondin de bois et saisit le micro : « L’aéroport ne sera pas construit, nous avons gagné ! -cris de guerre et applaudissements- Mais désormais nous avons une autre mission : préserver nos terres et notre mode de vie alternatif ! On ne partira pas ! » Depuis, les expulsions et la victoire anti-aéroport, les zadistes n’ont pas délaissé les lieux. Entre projets agricoles et protection de l’environnement, ils ne chôment pas. « On va continuer tous ensemble cette aventure. Ce territoire d’expérimentations et rempli d’espoir, c’est un lieu commun, une piste d’envol. » Charmant clin d’oeil.

« Je viens ici depuis mes 10 ans »

Tiphaine Prier, 22 ans, participe à toutes les festivités de la ZAD. « Je viens ici depuis mes 10 ans. A l’époque mes parents m’ont emmené, je ne comprenais pas tous les enjeux. Aujourd’hui c’est différent. J’ai vu l’évolution. Je dirai qu’être à Notre-Dame-Des-Landes ce n’est pas seulement du militantisme, c’est un mode de vie, on vit alternatif. » Mais habiter dans la nature ce n’est pas toujours facile, et même si les grands banquets respirent la joie de vivre, on se souvient encore de la violence durant les expulsions. Certains ont perdu des membres, d’autres ont été traumatisés par les gazs lacrymogènes ou les grenades assourdissantes. Le combat n’est pas terminé, il est juste différent. Les avions ne vont pas atterrir mais les agriculteurs et paysans n’ont aucune certitude quant à leur avenir, même si ils ont beaucoup avancé. « Avant on devait marcher des kilomètres avant de rentrer, maintenant tout est organisé, c’est un vrai lieu de vie. C’est pour ça qu’ils veulent rester. Pour prouver qu’on peut vivre autrement, sans capitalisme ni consommation. »

Des projets à défendre

De nouveaux enjeux touchent les habitants de la ZAD. Après s’être battus contre l’aéroport, ils doivent faire face à une autre crise. « Les agriculteurs qui ont vendu leurs terres à l’époque veulent maintenant les récupérer. Pourtant, ils ne se sont pas battus pour les protéger. Tout serait bétonné à l’heure qu’il est, sans le combat que nous avons mené… Nous ne voulions pas de l’aéroport mais nous ne voulons pas non plus de leur agriculture intensive pleine de glyphosate ! » Pour obtenir gain de cause, les agriculteurs ou éleveurs de la ZAD (déjà installés sur les lieux) tentent d’obtenir des autorisations. Celles qu’ils possèdent actuellement sont valables jusqu’en décembre. Les centaines de zadistes encore présents sur les lieux craignent donc une nouvelle expulsion. Une manifestation est prévue devant la préfecture de Loire Atlantique le 12 octobre prochain. Les militants comptent bien se faire entendre face au comité de pilotage qui prendra des décisions quant au devenir des terres. En attendant, les cabanes tiennent toujours debout.

Ce diaporama nécessite JavaScript.

Récit : Lucile Chaussoy

Photographies : Kilian Le Bouquin

Président de Report Ouest, passionné par l'image et l'Outre-mer.

Latest posts by Kilian Le Bouquin (see all)

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée.