Manifestation à Ouistreham : la question des migrants divise

Ce week-end à Ouistreham, deux visions du monde se faisaient face. D’un côté, ceux qui soutiennent les migrants et de l’autre, ceux qui souhaitent leur renvoi immédiat. Un important dispositif de sécurité a été déployé. Plus de 120 policiers faisaient barrage entre les deux groupes, dans une atmosphère tendue.

Plusieurs hommes, bonnets et écharpes autour du cou, déambulent dans les rues. La majorité vient du Soudan et n’est que de passage dans la ville portuaire. Devant nous, un camion. Il ralentit, la route est étroite. Un jeune homme se précipite alors en courant, tente de l’ouvrir. Ses camardes le regardent, certains le rejoignent… Trop tard, le camion s’en va. L’Angleterre, ce ne sera pas encore pour aujourd’hui.

« Nous sommes tous des enfants d’immigrés »

Lorsque l’on se rapproche de l’esplanade Alexandre Lofi, à Ouistreham, des slogans commencent à se faire entendre : « Nous sommes tous, des enfants d’immigrés ! ». Puis quand on tend l’oreille,  « Ouistreham, aux Français ! », en boucle. Un double discours pour le moins curieux. C’est en arrivant que l’on distingue deux groupes bien différents. D’un côté, environ 300 personnes s’amassent derrière une véritable barrière de policiers. Puis de l’autre, un petit groupe d’une trentaine de personne leur fait face, avec la provocante banderole « Clandestin dehors » brandie devant eux.

Une confrontation idéologique

« Je ne supporte pas de voir des fascistes défiler sur les plages du débarquement ! On s’est tellement battu pour qu’ils partent il y a quelques années ! Fuck les fascistes ! » explose Claudie en brandissant un énorme majeur en polystyrène en direction de ses adversaires. A travers cette question migratoire, ce sont des valeurs radicalement opposées qui se dressent les unes contre les autres à Ouistreham.
Quelques pas plus loin, le discours est tout autre. Il y a la peur de « l’autre », qui pourrait voler la place des Français. « Lorsque deux cultures sont confrontées l’une à l’autre, une des deux finis par se faire bouffer. C’est ce qui va se passer s’ils s’installent ici » explique un jeune homme de 17 ans, venu de la Manche pour lutter contre « l’invasion migratoire »

Ce qui inquiète certains habitants de la ville, c’est un extrémisme assumé. « C’est tous les fascistes Normands que vous avez en face de vous » glisse une femme derrière la rambarde de policiers. En effet : sur la trentaine de militants « contre les migrants », peu sont réellement originaires de Ouistreham. De Haute-Normandie ou de la Manche, la majorité vient de toute la région. « Je m’inquiète beaucoup de la montée de l’extrême droite » affirme Stephane, qui aide les migrants à son échelle, en les hébergeant occasionnellement.
Le Parti de la France, créé par d’anciens Front Nationalistes, était en tête de cortège de la manifestation. Mais également la France Dissidente, qui souhaite « bousculer le politiquement correct » et affiche fièrement ses grands drapeaux noirs « qui rappellent l’époque Hitlérienne… » selon certains manifestants pro-migrants.

Et la suite pour les migrants à Ouistreham ?

Jeudi dernier, le préfet du Calvados Laurent Fiscus a indiqué vouloir rouvrir un centre d’hébergement d’urgence à Caen (boulevard Vanier) pour accueillir une quarantaine de migrants. L’hiver dernier le dispositif avait déjà été mis en place. Hors de question cependant d’ouvrir un centre à Ouistreham, il faut « les éloigner de l’eau » déclare-t-il au média 14actu.
Pour Femke, depuis 2 ans dans un collectif d’aide aux migrants sur la côte, « ce n’est que déplacer le problème ». Elle s’explique : « D’une manière ou d’une autre, ils reviendront ici. Ce qu’ils veulent, c’est passer en Angleterre »

La manifestation s’essouffle. Le petit cortège aux drapeaux noirs se retire. Les sifflements redoublent un instant, puis cessent. La place se vide. Derrière, un ferry crache sa fumée, puis part, en direction de l’Angleterre.

 

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