#NousToutes, révélateur de la pluralité des féminismes

 

Les rues se sont parées de violet le 24 novembre dernier. Le temps d’une marche, des femmes ont dénoncé les violences à leur égard. À Rennes, différents féminismes se sont rencontrés.

Une rumeur sourde. Formée par les voix des femmes trop longtemps réprimées. Une colère qui monte et unit. Elle prend la forme d’une tribune d’abord et d’un collectif : #NousToutes. Puis d’une marche, contre les violences sexistes et sexuelles. Rassemblés à République, entre deux bouches de métro, les marcheuses et les marcheurs patientent. Il est 11 heures. Les pancartes attendent d’être brandies, les voix s’échauffent. En tête de cortège, le collectif local de #NousToutes35, ouvre la marche. Les membres déroulent la banderole mauve ornée du slogan du collectif « Ras le viol ». Les écriteaux se dressent au-dessus de la foule. 950 personnes se mettent à marcher. Tranquillement. Deux rangs derrière, une autre banderole se déploie. Noire et rouge, accompagnée du dessin d’une femme pavés en mains « Les femmes c’est comme les pavés, à force de leur marcher dessus on se les prend sur la gueule. » Le collectif féministe autonome intègre le cortège.

 

Les membres du collectif féministe autonome étaient situés deux rangs derrière la tête de cortège

Féminisme intersectionnel

Masqués par des capuches, lunettes et parapluies, les membres n’adhèrent pas entièrement à la ligne choisie par #NousToutes. « Nous sommes pour cette marche. Là où nous ne sommes pas d’accord avec #NousToutes est la façon dont elle a été pensée. Pour nous, ces violences sont indissociables de la police, la justice et la politique », éclairci une des membres. Sur Facebook, l’évènement détaille leur réflexion. Le collectif déplore l’absence de lutte politique. Il se revendique anti-capitaliste et intersectionnel. Bref retour dans le temps. 1976, États-Unis. Cinq femmes noires sont en procès contre General Motors, constructeur automobile. Elles portent plainte pour discrimination au travail. Pour la première fois, le lien entre sexisme et racisme est mis en lumière. La notion d’intersectionnalité est employée par Kimberlé Williams Crenshaw. Cette féministe et théoricienne spécialiste dans les questions de race, genre et loi institutionnelle la développe en 1993.

Si aux États-Unis l’intersectionnalité est évoquée plus aisément, la France traîne à reconnaitre cette problématique. La création en parallèle de #NousToutes du mouvement #NousAussi le prouve. Publié sur le site Contretemps, l’appel a été signé par de nombreuses associations, comme Strass-Syndicat du Travail Sexuel, Witch Bloc Paname, Collectif Intersexes et Allié·e·s… Si le mouvement appelait à marcher le 24 novembre, il précisait : « En disant “nous aussi”, nous voulons faire entendre les voix de celles pour qui les violences sexistes et sexuelles sont une expérience inséparable du racisme, du validisme, de la précarité, qui définissent nos quotidiens. »

Marcher ensemble

À « Nous marchons contre les patriarcats ! » se mêle « Police nationale, milice patriarcale ! » Les slogans se rencontrent et se superposent. En tête du cortège rennais, les deux collectifs ne font qu’un dans la masse de la foule. Pourtant les voix sont divisées. « Évidemment nous sommes contre les patriarcats, mais ce n’est pas suffisant », justifie une des membres. L’union reste spontanée. Si la rumeur prend forme, les divisions qui l’accompagnent s’affirment aussi. 1h30 plus tard, retour à République. Après la marche, une chorale se forme. Paroles en main, elles entament des chants féministes. L’Hymne des femmes résonne, laissant place à l’harmonie. Malgré les désaccords, le 24 novembre a le mérite d’avoir réuni toutes les générations au nom des féminismes.

 

 

Garance Diaconu

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