Al-Qasar : “Lorsqu’une personne commence à chanter nos textes, c’est gagné”

Al-Qasar avait la charge de la clôture du hall 3 samedi soir. Un groupe de 7 musiciens venus du Maroc, de l’Algérie et des États-Unis, fait revivre le rock des années 70 au Moyen-Orient. Nous avons rencontré Simo Bouamar, chanteur et Thomas Bellier, guitariste et fondateur du groupe, à quelques heures de monter sur scène.

Simo Bouamar ouvre le show dans le hall 3 des Trans Musicales. @Flavien Larcade

Est-ce que vous pouvez nous présenter Al-Qasar ?

Simo Bouamar : Al-Qasar, c’est une formation qui alterne entre 6 et 7 musiciens. Ce soir aux Transmusicales, on jouera à 7. On a un set up qui varie en fonction des occasions.

Thomas Bellier : C’est assez compliqué car on est beaucoup et nous sommes tous des musiciens par ailleurs, très actifs. On ne peut pas être tous les 7 ensemble, mais quand on l’est c’est génial. Notamment pour les Trans, on a eu l’occasion de faire une résidence tous ensemble, c’était assez exceptionnel.

Est-ce que vous pouvez nous parler un peu plus de cette résidence ?

TB : La résidence était dans une superbe salle au sud de Paris. C’était la première fois qu’on se retrouvait à 7 pour travailler ensemble. Cette résidence a été organisée pour le festival, car nous allons jouer avec le fils de Mehdi Haddab (joueur de oud) et Priam Desmon qui pratique le saz. En fait, pour jouer à 7, on a du retravailler les morceaux pour trouver des arrangements qui fonctionnaient avec une guitare, un oud et un saz.

Cette formation a pour origine la France, l’Algérie, le Maroc et les États-Unis. Comment tous les musiciens se sont réunis ?

TB : J’ai eu l’idée de ce groupe il y a un peu plus d’un an. J’ai composé quelques chansons et enregistré quelques maquettes à Los Angeles. Je les ai envoyées à quelques contacts car j’avais déjà une petite idée précise de qui je voulais dans le groupe. Avec Simo, on s’est rencontré grâce à Medhi Haddab car ils avaient déjà collaboré au sein de projets comme Speed Caravan. L’alchimie s’est tout de suite faite, avec la création d’un groupe cadré et des gens impliqués.

Plusieurs origines géographiques, qu’est-ce que ça donne dans la musique ? Est-ce qu’on arrive à trouver un consensus entre toutes les influences qu’on peut avoir ?

TB : On s’est réunis autour d’un leitmotiv préétabli. Faire revivre le son du garage pop et psychédélique des années 60/70 du Moyen-Orient.

L’année dernière, on a pu apprécier le show d’Altin Gun qui essaye aussi de faire revivre ce rock anatolien. Est-ce que vous partagez des choses avec ce genre de groupes ?

TB : Altin Gun partage cette influence, mais on ne sonne absolument pas comme eux. Mais en effet, il y a une même dette artistique envers ces types de groupes. Altin Gun est un groupe néerlandais et turc. Les musiciens se basent surtout sur une scène anatolienne psyché. Ce type de scène m’a vraiment marqué et m’a poussé à aller chercher plus loin ces sons. Au bout d’un moment l’idée de créer un groupe est née. Dans le groupe, les musiciens ont un gros bagage artistique et chacun ramène sa sauce. Par exemple, Simo a un bagage très classique oriental et traditionnel, il est arrivé avec ces influences-là. Quand je compose j’ai l’appui de Simo qui peut m’aider dans les arrangements.

 

Thomas Bellier, guitariste et fondateur d’Al-Qasar. @Flavien Larcade

Simo, tu as eu une carrière de ton côté avec beaucoup d’expériences artistiques variées. Comment tu t’es intégré au groupe ?

SB : Quand je suis arrivé, on a eu la première répétition et j’ai tout de suite aimé, j’étais à l’aise, que ce soit au niveau des compos, des airs et des personnalités. Je ramène la voix. Je suis le chanteur du groupe.

Dans cette musique et dans les répétitions, on sent une grande part d’improvisation, de musique jouée “au feeling”. J’imagine que cette ambiance, on va la retrouver sur scène. Comment est-ce que l’on fait pour intégrer cet esprit et l’incarner sur scène ?

TB : Il y a clairement des moments d’improvisation, moments qu’on laisse ouvert, en lien avec l’énergie du public de la salle de la soirée. Sinon ce serait pas amusant. Si tous les soirs on faisait la même chose en « pilote automatique », ce serait pas intéressant pour nous.

SB : Le live doit être totalement différent, et vivant comme le concert au Caire avec la grande énergie venant de 6000 personnes, c’était un moment magique.

Mais le temps pour laisser à 7 personnes improviser est assez long ?

SB : Oui, et c’est pour ça qu’on a fait la résidence, pour que chacun prenne le temps de savoir où il va jouer. Le but est de s’exprimer sur scène, de manière libre. Le live doit être totalement différent, et vivant. Comme le concert au Caire avec la grande énergie venant de 6000 personnes. C’était un moment magique.

Les paroles sont en arabe classique. Qui à la charge des textes et quels sont les messages véhiculés ?

TB : C’est Simo a écrit quelques textes, dont Khalil Al Alb qu’on vient de sortir, et les autres textes ont été écrit par un poète jordanien avec qui j’ai collaboré. Ces paroles ont pour but de faire passer un message sur certains sujets comme ceux de société, culturel, ou de liberté des femmes, de l’oppression, de la liberté en général. Au Caire, on est arrivé pour déclamer les textes et ils ont tout de suite su ce qu’il se passait, on s’est senti tout petit comparé à ce qui se présentait devant nous, c’était émotionnellement très chargé.

Et ces paroles, ces sujets n’ont pas de limites ? Les messages peuvent être diffusés partout ?

SB : Les paroles ont pour but d’être entendues, pour que les gens s’identifient à nos textes. Comme par exemple, lorsque l’on chante des paroles sur la drogue, les femmes battues etc … Pour nous, lorsqu’une personne commence à chanter nos textes, c’est gagné … Si ne l’on peut pas s’exprimer ce serait déjà un début d’hypocrisie, dans le sens de cacher des trucs. On est en 2019, il n’y a pas de mystères, tout est vu.

Interview : Quentin Danjou et Emma Tardif

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