À Lannion, des collages contre les féminicides

Depuis le 1er janvier 2019, 124 femmes sont mortes sous les coups de leurs conjoints ou ex compagnons [NDLR, chiffre au 26/10/19], selon le décompte du collectif « nous toutes ». C’est en ce sens qu’une équipe de jeunes féministes s’est mis en place à Lannion, en vue de faire des actions de collage sur les murs de la ville des Côtes d’Armor. Nous les avons suivies pour leur première action.

Lundi 21 Octobre 2019. C’est l’effervescence dans cet appartement situé dans les hauteurs de Lannion, après une petite cigarette sur le balcon, la dizaine d’activistes se mettent en mouvement. Ce soir là, la mission est simple, préparer l’action du lendemain. Les nouvelles militantes mettent la main à la pâte, peignant une lettre sur de simples feuilles de brouillon sur le sol, protégé par du papier de journaux locaux. On s’interroge sur les slogans qui vont être collés, avec pour exigence qu’ils ne soient pas trop long et clairs, les idées viennent d’elles-même mais quand elles manquent, les étudiantes « s’inspirent de ce qui à été fait dans les autres villes ».

A la fin de l’atelier, l’appartement est jonché de lettres peintes sur des feuilles format A4, elles attendront le lendemain, pour la distribution aux différents groupes qui se partageront les collages. Groupes formés naturellement, en fonction des affinités des uns et des autres, des slogans et des lieux choisis plus ou moins intéressants. Une des futures colleuses fait découvrir une application de messagerie chiffrée, très utilisée dans le milieu militant depuis qu’elle existe, alors que le groupe s’échangeait idées et contacts depuis le réseau social instagram. C’est alors que la dizaine de femmes attirées par la cause féministe font leur entrée dans le milieu militant.

Peinture des affiches, la veille de l’action – © manuel magrez

« Ça s’est fait naturellement, je connaissais le mouvement et à l’idée de pouvoir participer à ça j’ai tout de suite saisi l’opportunité, parce que c’est une cause qui me semble importante. » – Laure*

La troupe se quitte, pleine de hâte et d’excitation pour l’action coup de poing du lendemain, l’une d’entre elles confie son état d’esprit : « j’ai trop hâte pour demain, ça va être super », le sourire jusqu’aux oreilles.

L’enthousiasme du jour J

Le lendemain, nous retrouvons un des groupes d’étudiantes toujours aussi enthousiasmé par le projet monté depuis quelques semaines déjà. Deux d’entre elles sont devant la télé de l’hôte, parlant de tout et de rien en attendant la troisième, allée chercher les feuilles et la matière première de la colle. Au détour d’une discussion anodine, Aurélie* s’interroge sur le choix d’établissement scolaire comme lieu de collage, en cette première semaine de vacances scolaires. Après l’arrivée de la dernière activiste du groupe, les trois mettent la main à la pâte pour préparer la colle, tout ça dans une ambiance plus que conviviale.

Les affiches entreposées avant l’action – © manuel magrez

La préparation faite, l’heure est à l’action pour les trois jeunes féministes. Après avoir erré une bonne demi-heure dans les rues de la ville costarmoricaine de 20 000 habitants, le groupe trouve le lieu idéal, une grande pierre face à un lycée. Cependant, après une minute passée sur place, un véhicule utilitaire s’arrête. Les deux étudiantes restent stoïques, jusqu’au moment ou l’une d’entre elles lit à haute voie la sérigraphie du véhicule : « EPL sécurité ! », crie la colleuse avant de ranger ses affaires, partir en courant et de pester contre la troisième activiste qui avait pour rôle de surveiller les allées et venues.

Suit un quart d’heure d’une partie de cache cache avec les agents de sécurité, faisant des tours dans la ville avec leur utilitaire. Un message circule sur le groupe de messagerie chiffrée, invitant les autres à éviter le secteur. Le groupe décide de se mettre à la recherche d’un nouveau lieu avec ce qu’il leur reste des affiches.

Collage d’un slogan contre les féminicides dans les rues de Lannion – © manuel magrez

Place à la déception

Le lendemain, dès l’aube, un mot tourne déjà beaucoup : « effacé ». Une partie des six collages n’est déjà plus là, effacé au karcher, au fur et à mesure que les militantes le découvre, leurs visages se décomposent. L’enthousiasme de la veille se transforme en déception, le groupe s’y attendait, mais pas de sitôt, comme en témoigne les déclarations de l’une d’entre elles :

« Je pensais pas que ce serait fait si tôt partout, […] c’est décevant parce qu’en les enlevant c’est un peu comme s’ils fermaient les yeux » – Laure*

 

*noms d’emprunts

Manuel Magrez

Manuel Magrez

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2 thoughts on “À Lannion, des collages contre les féminicides

  1. Bonjour,
    Merci beaucoup pour ce reportage très intéressant ! C’est une très belle action, surtout quand on voit certaines actualités sur Lannion concernant la violence à l’égard des femmes.
    Y aurait-il un moyen de contacter ces personnes (email, facebook…) ? J’ai vu qu’on peut les contacter sur Instagram, mais je ne suis pas inscrite sur ce réseau social et ne souhaite pas le faire.

    • Manuel Magrez 29 octobre 2019 at 21:18 - Reply Author

      Bonjour!
      Merci beaucoup pour l’intérêt que vous portez au reportage, vos coordonnées (adresse mail) ont étés transmises aux personnes concernées.

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